La plupart des randonneurs croient que leurs genoux s’usent à force de trop marcher : les montées, les escaliers, les kilomètres accumulés. C’est faux. Le vrai coupable est la descente, et la bonne nouvelle, c’est que trois exercices simples, sans salle de sport, suffisent à protéger vos articulations pour les décennies à venir.
L’idée fausse à corriger une bonne fois
Quand un randonneur sent ses genoux tirer après une sortie, il accuse spontanément la montée. L’effort, le souffle court, les cuisses qui brûlent dans la pente : tout semble désigner la montée comme le moment difficile. Pourtant, ce n’est pas elle qui abîme l’articulation.
En montée, le muscle se contracte en se raccourcissant pour vous hisser. C’est fatigant, mais l’articulation du genou travaille dans un mode relativement protégé. C’est en descente que tout change. Et c’est précisément la descente que la quasi-totalité des programmes de préparation à la randonnée néglige.
La charge excentrique : ce qui martèle vraiment le genou
À chaque pas en descente, vos muscles ne vous propulsent pas. Ils vous retiennent. Ils agissent comme des mini-freins qui doivent absorber le poids du corps, encore et encore, pas après pas. Les physiologistes appellent ça la contraction excentrique, ou charge excentrique : le muscle produit de la force tout en s’allongeant.
C’est un travail bien plus traumatisant pour les tissus que la contraction de montée. Et le point clé est là : si les muscles autour du genou ne contrôlent pas correctement cette force de freinage, c’est l’articulation elle-même qui encaisse le choc. Cartilage, ligaments, tendons. À raison de plusieurs milliers de pas de descente par sortie, sur des années, la facture finit par tomber.
Un genou ne s’use pas parce que vous marchez trop. Il s’use parce que les muscles censés freiner la descente ne sont pas assez forts pour faire leur travail. Renforcez ces muscles, et vous transférez la charge du cartilage vers le muscle, là où elle doit aller.
Exercice 1 : la descente contrôlée pour entraîner le freinage
Le premier exercice reproduit directement le geste qui pose problème : la descente. L’objectif est d’apprendre à vos quadriceps à freiner lentement, en contrôle, plutôt que de laisser le genou absorber la secousse.
Tenez-vous debout sur une marche d’escalier ou un step, un pied dans le vide. Descendez ce pied vers le sol le plus lentement possible, en comptant trois à quatre secondes, puis remontez. C’est la phase de descente, lente et maîtrisée, qui compte. Vous devez sentir la cuisse de la jambe d’appui travailler pour vous retenir.
Faites 2 à 3 séries de 8 à 12 répétitions par jambe, deux à trois fois par semaine.
Si l’équilibre est précaire, gardez une main sur une rampe.
Exercice 2 : les mollets, votre premier amortisseur
Avant même que la force de la descente atteigne le genou, elle passe par la cheville. Et c’est le mollet qui stabilise cette cheville et qui absorbe une partie du choc en amont. Un mollet faible laisse passer la secousse vers le haut. Un mollet solide la filtre.
L’exercice est le grand classique des élévations sur la pointe des pieds. Debout, montez lentement sur la pointe des deux pieds, marquez une seconde en haut, redescendez lentement.
Pour corser, faites-le sur une seule jambe, ou sur le bord d’une marche pour amplifier l’amplitude. Visez 2 à 3 séries de 12 à 20 répétitions, deux à trois fois par semaine. C’est l’un des exercices les plus rentables et les plus négligés de toute la préparation rando.
Exercice 3 : le tibial antérieur, le muscle oublié de chaque pas
Voici le muscle dont presque personne ne s’occupe : le tibial antérieur, ce muscle situé à l’avant du tibia. C’est lui qui s’active en tout premier à chaque pas de descente, pour contrôler la pose du pied et éviter que l’avant du pied ne claque au sol. Un tibial antérieur faible, et c’est toute la chaîne de freinage qui démarre mal.
L’exercice se fait contre un mur, ou contre un arbre si vous êtes déjà sur le sentier. Adossez-vous, talons au sol, et levez la pointe des pieds vers le haut, le plus haut possible, puis redescendez lentement.
Pour rendre l’exercice plus facile, rapprochez vos pieds du mur en vous tenant bien droit. Pour le rendre plus difficile, éloignez les pieds du mur de sorte que les jambes partent en avant. Faites 2 à 3 séries de 15 à 25 répétitions. Vous sentirez le devant du tibia chauffer vite, c’est normal, ce muscle est généralement très sous-entraîné.
Comment intégrer ça avant la prochaine rando
Aucun de ces trois exercices ne demande de matériel ni d’abonnement. Une marche d’escalier et un mur suffisent. L’idéal est de les caser deux à trois fois par semaine, en dehors des jours de grosse sortie, pour laisser le muscle récupérer. Comptez dix minutes par séance, pas davantage. La régularité prime sur l’intensité.
Si vous avez déjà des douleurs de genou installées, une arthrose diagnostiquée ou des antécédents de blessure, faites valider ce type de programme par un kinésithérapeute ou un médecin du sport avant de vous lancer. Le renforcement reste la meilleure stratégie connue pour préserver un genou sur le long terme, mais le dosage doit être adapté à votre situation.
Le calcul est simple. Quelques minutes par semaine aujourd’hui, contre la possibilité de randonner encore à 70 ou 80 ans. Peu de placements offrent un rendement pareil. La montagne récompense ceux qui préparent leurs descentes autant que leurs montées.

