Après 60 ans : six exercices pour des jambes solides en randonnée

Homme d’environ 65 ans vu de dos montant sur un muret de pierre sèche, un haltère dans chaque main, au bord d’un lac ensoleillé

Il existe une idée très répandue chez les randonneurs de plus de 60 ans : à partir d’un certain âge, on entretient ce qu’on a, on ne construit plus. C’est faux, et il y a une étude qui le prouve de façon presque brutale.

Cette étude a été menée auprès de 100 personnes âgées vivant en maison de retraite, avec un âge moyen de 87 ans, et des participants allant de 72 à 98 ans. Autrement dit, une population considérée comme fragile, souvent dépendante, et bien plus âgée que la plupart des randonneurs.

Pendant dix semaines, une partie du groupe a suivi un programme de musculation à haute intensité. Le résultat, publié dans le New England Journal of Medicine :

Cent treize pour cent. Chez des personnes de 87 ans en moyenne. Et un détail à ne pas manquer : dans la même étude, la supplémentation nutritionnelle seule n’a eu aucun effet sur les critères principaux.

Autrement dit : ce n’est pas ce qu’on mange qui fait les jambes. Ce sont les jambes.

Ce que les preuves disent, exercice par exercice

Il faut être honnête sur un point que la plupart des articles de ce type passent sous silence : les six exercices ne sont pas soutenus par des preuves de même niveau. Certains reposent sur des dizaines d’essais, d’autres sur des principes solides mais peu testés chez les plus de 60 ans. Voilà le tableau réel.

Cette gradation n’enlève rien à l’intérêt des exercices peu documentés. Elle dit simplement ce qui est prouvé et ce qui relève du principe d’entraînement. Et elle interdit une chose : présenter les six comme équivalents.

Pourquoi les jambes, et pour quoi faire

La randonnée ne demande pas une qualité physique, elle en demande quatre, et elles ne se travaillent pas de la même façon.

La montée réclame du quadriceps et du fessier, capables de pousser le poids du corps plus le sac, répétitivement, pendant des heures.

La descente est un autre métier. Elle demande un travail excentrique, c’est-à-dire que le muscle se freine en s’allongeant. Et c’est là que se concentrent les accidents : dans une série de 5 368 accidents de randonnée recensés sur neuf ans dans les Alpes autrichiennes, 75,3 % des chutes se sont produites en descente. Les trois quarts.

Le portage ajoute une contrainte constante, qui fatigue le pied, la cheville et le genou sur toute la durée de la sortie.

L’équilibre sur terrain irrégulier est le quatrième, et c’est le plus sous-estimé. Une méta-analyse portant sur 15 essais et 566 participants de 50 à 73 ans a mesuré les effets de l’entraînement combiné force et endurance : effets modérés sur la force, sur la puissance, petits sur le cardio. Et aucun effet significatif sur l’équilibre.

Ce résultat est important. Il signifie que l’équilibre ne s’améliore pas par accident quand on marche ou qu’on soulève des charges. Il faut le travailler pour lui-même.

Les six exercices

Tous se font sans barre sur le dos. La charge, quand il y en a une, passe par les bras ou par les hanches, jamais par la colonne vertébrale. C’est la condition pour continuer à progresser sans s’abîmer le dos.

1. Le relevé de chaise

Assis sur une chaise, pieds à plat et écartés à la largeur des hanches, vous vous levez sans vous aider des mains, puis vous vous rasseyez lentement. C’est le mouvement de la vie quotidienne, et c’est aussi un exercice de force complet pour les cuisses et les fessiers.

C’est l’exercice de base, celui par lequel tout le monde commence, et il est plus exigeant qu’il n’en a l’air quand on le répète. Progression : commencez en vous aidant des accouplements de la chaise, puis supprimez l’aide, puis ralentissez la descente sur trois secondes, puis ajoutez un poids contre la poitrine.

2. La charnière de hanche

Debout, un poids dans chaque main ou une bouteille d’eau au début, vous poussez les fesses vers l’arrière en gardant le dos droit, et vous descendez les charges le long des tibias avant de remonter en poussant dans les talons.

C’est le mouvement qui apprend aux ischio-jambiers et aux fessiers à travailler en s’allongeant. C’est aussi, en randonnée, exactement ce que vous faites à chaque fois que vous vous penchez pour ramasser le sac et que vous le remontez sur vos épaules.

À retenir : ce n’est pas un mouvement du dos. Le dos reste droit, ce sont les hanches qui reculent. Si vous sentez votre bas du dos travailler, c’est le signe que le mouvement s’est déplacé, et il faut alléger.

3. La montée sur marche

Devant un escalier, une marche solide ou un banc bas, vous posez un pied dessus et vous montez en poussant dans le talon, jusqu’à la jambe tendue. Vous redescendez lentement, puis vous enchaînez toutes les répétitions du même côté avant de changer.

C’est l’exercice le plus directement lié à la randonnée, et c’est aussi celui dont les preuves sont les plus intéressantes. Un essai a comparé, chez 46 personnes de 70,9 ans en moyenne, un entraînement en salle sur machines et un entraînement par montée de marches, à raison de deux séances par semaine pendant douze semaines.

Résultat : le gain de puissance des extenseurs de jambe a été de 19,5 % sur machines et de 13,7 % en montée de marche, une différence qui n’est pas statistiquement significative. Et les participants du groupe « marche » ont progressé davantage sur la montée d’escalier, ce qui est logique : ils s’entraînaient exactement sur le geste évalué.

La conclusion pratique est forte : votre escalier fait le travail d’une machine de salle, et il est même plus spécifique.

Mais le résultat le plus important de tout cet article ne parle pas de force. Une méta-analyse publiée dans le British Journal of Sports Medicine a regroupé sept essais et 660 participants portant sur l’entraînement à monter et descendre des marches. Le résultat :

Une réduction de moitié. Et les auteurs ajoutent une précision qui change la façon de voir l’exercice : ces progrès ne s’expliquent pas par un gain de force, mais par l’amélioration du temps de réaction, de la marche, de l’équilibre et de la capacité à rattraper un déséquilibre.

Autrement dit, la montée de marche ne se contente pas de muscler. Elle entraîne le geste qui vous rattrape quand le pied glisse. Pour un randonneur, c’est peut-être le bénéfice le plus précieux de la liste, et il n’a rien à voir avec les muscles.

4. La fente

Debout, un grand pas en avant, vous descendez le genou arrière vers le sol en gardant le buste droit, jusqu’à environ 90 degrés dans la jambe avant, puis vous poussez dans le pied avant pour revenir.

C’est un exercice unilatéral, et c’est sa vraie valeur. Il travaille une jambe à la fois, ce qui révèle et corrige les écarts entre le côté fort et le côté faible. Or en randonnée, chaque pas est déjà un exercice unilatéral : on ne monte jamais avec les deux jambes en même temps.

Une variante a été testée directement, et elle intéresse particulièrement les randonneurs : insérer des fentes dans la marche, ce qu’on appelle la marche excentrique. Sur des marcheurs réguliers, les quatre premières semaines de marche normale n’ont entraîné aucun changement. Puis, sur les huit semaines suivantes, avec les fentes insérées dans la marche :

Les auteurs concluent que la marche excentrique produit des effets que la marche classique n’apporte pas. Ce n’est pas un hasard : c’est exactement le mode de contraction de la descente. Et c’est aussi, accessoirement, la démonstration la plus claire que la marche seule ne suffit pas à progresser.

Si l’équilibre pose problème, commencez en gardant une main sur un mur ou un bâton planté. Ce n’est pas de la triche, c’est de la progressivité.

5. Le pont fessier

Allongé sur le dos, genoux pliés et pieds au sol, vous montez les hanches vers le plafond en serrant les fessiers, vous marquez une pause en haut, puis vous redescendez lentement.

Son intérêt est mécanique : la charge passe par les hanches, pas par la colonne. C’est ce qui en fait un exercice de fessier sûr et facile à charger progressivement, y compris avec un poids posé sur le bassin. Et le fessier, en randonnée, c’est le moteur de la montée.

Une variante utile pour les randonneurs : la version sur une seule jambe, qui ajoute le travail d’équilibre et de stabilité de hanche.

6. Les mollets

Debout, vous montez sur la pointe des pieds, lentement, puis vous redescendez en contrôlant. Sur une marche, vous pouvez laisser descendre le talon sous le niveau du pied pour gagner de l’amplitude.

C’est le parent pauvre des programmes, et c’est une erreur. Le mollet assure la propulsion et absorbe une partie du choc à chaque appui. Sur un terrain irrégulier, il participe aussi à la stabilité de la cheville, qui est la première articulation à lâcher quand la fatigue arrive.

Le septième, celui que personne ne fait

L’équilibre. Et c’est le plus important après 60 ans, pour une raison que les données rendent explicite : comme nous l’avons vu, l’entraînement combiné force et marche n’améliore pas l’équilibre de façon significative. Il faut donc l’entraîner directement.

Et il y a un chiffre qui devrait clore le débat. Une revue Cochrane portant sur 94 études et 9 917 participants a classé les grands types d’exercices selon leur effet mesuré sur l’équilibre. Sa conclusion est double : il existe des preuves faibles que certains exercices améliorent l’équilibre, et il n’y a « pas ou insuffisamment de preuves » pour conclure quoi que ce soit sur l’activité physique générale, c’est-à-dire la marche et le vélo.

Relisons cette phrase, parce qu’elle est contre-intuitive. La marche ne figure pas parmi les méthodes dont l’effet sur l’équilibre est démontré. Ce n’est évidemment pas une raison d’arrêter de marcher. C’est la raison pour laquelle l’équilibre doit être un exercice à part entière, et pas un sous-produit espéré de la randonnée.

La version minimale tient en un exercice : se tenir sur une jambe, trente secondes, en regardant droit devant, puis en fermant les yeux si c’est devenu facile. Puis sur un coussin, puis en tournant la tête.

Et voici pourquoi cela vaut la peine, chiffres en main. Une méta-analyse récente portant sur 29 essais et 6 367 participants a mesuré l’effet de l’exercice sur les blessures liées aux chutes chez les personnes âgées vivant chez elles :

Quarante-quatre pour cent de fractures en moins. Ce n’est pas un argument de confort, c’est l’écart entre rentrer chez soi et finir à l’hôpital.

Le protocole, concrètement

Vous n’avez pas besoin de tout faire chaque jour. Voilà une organisation tenable.

Deux séances par semaine pour les six exercices, espacées d’au moins deux jours. C’est la fréquence utilisée dans les essais cités, et elle suffit.

Pour chaque exercice : deux à trois séries, huit à douze répétitions. La dernière répétition doit être difficile, mais vous devez pouvoir la finir proprement. C’est le repère le plus fiable, et il ne demande aucun matériel de mesure.

La progression se fait par le poids d’abord, puis par la difficulté du mouvement. Quand douze répétitions deviennent faciles, vous ajoutez du poids plutôt que des répétitions.

Et l’intensité compte, contrairement à ce qu’on croit souvent à cet âge. Une méta-analyse sur l’entraînement en puissance chez les personnes âgées montre que l’intensité élevée (70 à 80 % du maximum) est plus efficace que l’intensité faible pour gagner en force. Travailler léger avec beaucoup de répétitions n’est pas la seule voie, et ce n’est pas la plus efficace.

Nos repères sur la progression sur trois semaines et notre article sur le dénivelé après 60 ans complètent ce programme sur le versant terrain.

La trouvaille sur la descente

Il reste un résultat que je trouve remarquable, parce qu’il s’attaque directement au point faible des randonneurs.

Des chercheurs ont fait marcher des participants sur un tapis en descente, avec une pente de 28 %, à 5 km/h, avec 10 % du poids du corps sur le dos. Une séance par semaine, pendant quatre semaines.

Le résultat : la force maximale du quadriceps a augmenté dans toutes les conditions, mais davantage en excentrique, c’est-à-dire précisément dans le mode qui pose problème en descente : +19 à 21 %, contre +16 % en isométrique et +12 % en concentrique.

Et le détail qui change tout : un groupe a suivi une montée en charge progressive, en passant de 10 à 30, 50 puis 70 minutes sur les quatre séances. Ce groupe n’a présenté aucun signe de lésion musculaire sur toute la période, avec une créatine kinase toujours restée basse. L’autre groupe, qui faisait 40 minutes d’emblée, a bien encaissé un dommage musculaire après la première séance.

Autrement dit : la descente peut être un entraînement, à condition de la doser. C’est exactement l’inverse du comportement habituel, qui consiste à ne pas préparer la descente du tout et à la payer en fin de saison.

Ce qu’on ne peut pas promettre

L’idée à retenir

Après 60 ans, on construit encore. La démonstration la plus forte vient d’une étude menée auprès de 100 personnes de 87 ans en moyenne : dix semaines de musculation à haute intensité ont augmenté leur force de 113 %, leur vitesse de marche de 11,8 % et leur puissance en montée d’escalier de 28,4 %. Pour un randonneur, six exercices suffisent à couvrir l’essentiel : le relevé de chaise pour la base, la charnière de hanche pour l’arrière des cuisses, la montée sur marche, la fente pour l’unilatéral, le pont fessier pour la charge par les hanches, et les mollets pour la propulsion et la cheville. Aucun ne met de barre sur le dos. À quoi s’ajoute un septième que presque personne ne fait : l’équilibre, parce que l’entraînement combiné force et marche ne l’améliore pas de façon significative, alors que c’est lui qui pèse le plus lourd dans les chutes. Deux séances par semaine, deux à trois séries de huit à douze répétitions, avec une intensité réelle. Et deux résultats qui changent la hiérarchie : l’entraînement à monter et descendre des marches réduit les chutes de 48 % sur sept essais et 660 participants, sans passer par la force mais par l’équilibre et le temps de réaction. Et la descente est un entraînement, qui a augmenté la force excentrique du quadriceps de 19 à 21 % en quatre semaines, à condition de monter progressivement en charge.

Sources

3/5 - (4 votes)
Quitter la version mobile