Minimalisme sur les sentiers : mais pourquoi ils troquent tous chaussures contre sandales ?

sandales de randonnée

Pendant un trail, un coureur s’est fait doubler en côte par un homme en claquettes. La pratique reste marginale, mais elle gagne du terrain. Et certains traversent même la France comme ça.

Doublé en côte par un homme en sandales

Pourquoi ils abandonnent leurs chaussures pour courir des trails en sandales

Lors d’une discussion entre collègues du Telegramme, l’un raconte avoir couru un trail le week-end et s’être fait doubler dans une montée pleine de boue par un gars en claquettes. L’histoire fait sourire au début. Sauf qu’elle est devenue un point de départ. La rédaction est partie chercher ce coureur atypique, qui s’appelle Baptiste Grosjean, chiropracteur en Bretagne Sud, et précise au passage qu’on dit sandales, pas claquettes, on n’est pas à la plage.

C’est lui qui leur a montré comment, en un peu plus d’un an, il est passé des chaussures de running classiques aux sandales minimalistes. Le déclic ?

Le fameux livre Born to Run, que beaucoup de coureurs connaissent. Une lecture, une lassitude du bitume toulousain, une envie de tester autre chose.

Aujourd’hui, il sort 8 à 9 fois par semaine en sandales. Sa transition a pris environ six mois. Il a commencé par de petits footings de quelques kilomètres, en remettant parfois ses chaussures après. Puis les sandales ont pris le dessus.

Ce que la mousse cache à votre corps

Ce qui frappe Baptiste Grosjean dans les premières sorties, c’est la gravité. Ou plutôt sa redécouverte. Sans la mousse, sans l’amorti, chaque foulée se ressent dans les articulations et les muscles. La course devient ce qu’elle est vraiment : une lutte permanente contre son propre poids.

Les premiers kilomètres en sandales sont énergivores. Le corps doit comprendre comment se déplacer pour économiser ses forces. Et si l’on court en sandales comme on court en chaussures, on se blesse. Surtout quand on débute.

Les risques, vus par un kiné

Thomas Dupa, kinésithérapeute à Pau, suit de près la pratique du minimalisme. Pour lui, le danger n’est pas immédiat, il est plutôt cumulatif. Les contraintes augmentent sur les muscles et les tendons. Tendon d’Achille, voûte plantaire : ce sont les zones qui parlent en premier.

Sa règle est simple. Si vous avez l’habitude de courir une heure deux fois par semaine en chaussures classiques, ne reproduisez pas ce volume en sandales. Pas tout de suite. Le corps doit s’adapter à une nouvelle pose de pied et à une cadence différente.

Bon à savoir :

Une paire de sandales de course coûte au maximum 90 € et permet plusieurs milliers de kilomètres. Baptiste Grosjean a même fabriqué les siennes pour 22 €, avec une plaque vibram de 10 mm et de la paracorde.

Une pratique marginale, mais qui fait son chemin

Baptiste Grosjean n’est pas seul. Début mai, sur l’Ultra des Mondarés, l’équipe du Telegramme a croisé d’autres irréductibles aux pieds nus. Et puis il y a Olivier Maria, traileur originaire du nord de la France, qui vient de relier Dunkerque à Marseille en claquettes. 1100 kilomètres.

Parler de mode serait pourtant exagéré. Les marques qui fabriquent ces sandales sont peu nombreuses. La majorité des coureurs cherchent toujours des chaussures avec plus d’amorti, dans une logique exactement inverse. Ce qui n’empêche pas le minimalisme de faire son chemin, comme le confirme Thomas Dupa. Pas pour devenir la norme. Plutôt pour faire réfléchir au geste : comment je pose mon pied au sol, quelle est ma cadence, comment je peux réadapter tout ça.

Et pour la randonnée ? La pratique est encore plus confidentielle. Mais l’idée de sentir le terrain sous la semelle, de comprendre comment on se déplace, peut intéresser n’importe quel marcheur. Avant d’enlever ses chaussures, mieux vaut se rappeler la règle du kiné : pas tout de suite, et surtout pas comme avant.

Sources :
  • Reportage de la rédaction du Telegramme, chaîne YouTube du Telegramme
  • Christopher McDougall, Born to Run
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