Le pire pour la planète en rando n’est pas ce que vous pensez…

nature peinture

Nous sommes des millions à fouler régulièrement les sentiers…pas à l’autre bout du monde, mais en restant proche de chez nous.

Pourtant, le geste qui plombe le plus l’empreinte écologique d’une sortie n’est ni le déchet jeté, ni la veste flambant neuve.

Selon Olivia Grimm, responsable des chemins de randonnée pédestre chez Suisse Rando, c’est la voiture qu’on prend pour rejoindre le départ.

La voiture, ennemi numéro un du randonneur

Le constat tombe sec. En randonnée, le trajet en voiture privée constitue le facteur le plus polluant. Pas le sac à dos technique. Pas la barre de céréales emballée. C’est le bitume avalé pour atteindre le sentier.

La parade existe : préférer les transports publics quand c’est possible. Mieux encore, partir directement de chez soi.

La Suisse compte plus de 65 000 km de chemins de randonnée balisés. Le plus proche se trouve rarement très loin. « Pas besoin de traverser la moitié du pays pour de belles balades », résume Olivia Grimm.

Le réflexe gare-à-pied n’est pas un sacrifice. C’est une autre manière de randonner. Vous redécouvrez votre périmètre direct, et le casse-tête du parking d’alpage saturé devient un mauvais souvenir.

Le trognon de pomme n’est pas un cadeau pour la nature !

On le balance d’un revers de main, persuadé qu’un fruit finit forcément par disparaître. Sauf que les déchets organiques comptent aussi parmi les déchets sauvages.

Sous nos latitudes, une peau de banane met des mois à se dégrader. Et beaucoup de fruits exotiques ont été traités avec des pesticides qui finissent dans le sol.

Le vrai problème va plus loin. Les animaux sauvages prennent l’habitude de trouver de la nourriture le long des sentiers.

Ils modifient leur régime alimentaire, perdent leur méfiance envers l’homme. Un sanglier qui associe le passage des randonneurs à un repas, ce n’est plus tout à fait un sanglier sauvage.

Reste l’argument que personne n’invoque, mais qui parle au randonneur. « Ces déchets alimentaires abandonnés gâchent l’expérience nature des autres randonneurs », souligne Olivia Grimm.

Tomber sur un trognon brun au pied d’un mélèze, ça casse l’ambiance.

Bon à savoir :

Quand la nature appelle en pleine rando, éloignez-vous d’au moins 50 mètres du cours d’eau le plus proche pour limiter la contamination par résidus de médicaments ou hormones. Les selles s’enterrent sous quelques feuilles ou un peu de terre. Le papier toilette, lui, repart dans le sac. Toujours.

Le matos : acheter moins, garder plus longtemps

L’équipement de plein air consomme beaucoup de ressources à fabriquer, même quand il dure des années. La règle reste simple : consommer moins. Choisir des produits durables, les laver sans paranoïa (les vestes modernes encaissent les machines sans perdre leur déperlance), réparer les petits accrocs soi-même.

Pour ceux qui veulent creuser, certains labels donnent des repères fiables. Bluesign pour les textiles, des certifications spécifiques pour le duvet et la laine. Le marché de la seconde main pour le matériel rando explose, et plusieurs marques proposent désormais des services de réparation officiels.

Soyons honnêtes. Changer de veste tous les deux ans n’a aucun sens écologique, même si elle est estampillée « éco-conçue ». La sortie la plus durable, c’est celle où l’on porte le sac qu’on avait déjà l’an dernier.

L’autre défi, invisible : le climat qui abîme les sentiers

Olivia Grimm pointe un sujet dont on parle peu côté randonneurs. Les phénomènes météo violents se multiplient et endommagent plus régulièrement les infrastructures : ponts emportés, cordes à remplacer, balisage qui saute. Les coûts d’entretien grimpent. Et lors des étés caniculaires, les randonneurs se ruent sur les vallées fraîches, qui saturent vite.

Suisse Rando rappelle au passage que la responsabilité personnelle reste la base. Un sentier de montagne n’est pas un parc de loisirs. On regarde la météo, on évalue son niveau, on prend de quoi faire demi-tour. Banal, mais de moins en moins évident à entendre, semble-t-il.

Le compte est vite fait. Une sortie à pied depuis chez soi, sans déchet, avec le matériel de l’an dernier, fait infiniment mieux qu’une rando en SUV pour aller chercher un panorama « plus beau ». Le sentier d’à côté, on l’oublie souvent. Il n’est presque jamais aussi loin qu’on le croit.

Sources :
  • Interview d’Olivia Grimm, responsable du secteur Chemins de randonnée pédestre, par Stephanie Sigrist (Tamedia, 28 avril 2026)
  • Suisse Rando, association faîtière
  • Enquête Suisse Rando / Office fédéral des routes (Ofrou) sur la pratique de la randonnée en Suisse
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