Arrêtez de jeter vos trognons en randonnée : même une peau de banane peut rester 3 ans

peau de banane

Balancer son trognon de pomme au bord du sentier, ça part d’un bon sentiment. « De toute façon ça se dégrade, c’est organique. » Sauf que non. Une peau de banane peut mettre trois ans ou plus à disparaître en montagne, et les épluchures qu’on laisse derrière soi attirent la faune là où elle n’a rien à faire.

Trois ans pour une peau de banane, et ce n’est pas une légende

Tous les fruits ne sont pas égaux face à la décomposition. Une pomme ou une poire, fruits de nos climats, disparaissent assez vite sur un sentier. Le plus souvent, elles sont même trouvées et mangées par la faune locale avant d’avoir eu le temps de pourrir.

Les fruits tropicaux, c’est une autre histoire. La peau d’une banane ou celle d’un kiwi a une texture pensée pour un climat chaud et humide. Dans leur pays d’origine, la décomposition va vite. Dans les Alpes, les Vosges ou le Jura, surtout à la saison froide, le processus s’étire. Comptez trois ans, parfois plus, pour qu’une peau de banane disparaisse complètement d’un sentier de montagne.

Bon à savoir :

En Suisse, abandonner des restes de fruits sur un sentier est assimilé aux autres déchets : c’est une infraction. La France applique la même logique dans les parcs nationaux et les réserves.

Le vrai problème, ce n’est pas la peau. C’est la faune qui s’habitue

Le Glacier National Park, aux États-Unis, a mis les choses au clair sur sa page Facebook il y a quelques années pour tordre le cou à cette idée reçue. Le sujet n’est pas seulement la pollution visuelle. Quand un chevreuil, une marmotte ou un renard trouve régulièrement un trognon de pomme près d’un chemin, il y revient. C’est ce qu’on appelle l’habituation.

Les conséquences sont concrètes. Un animal qui a appris que la nourriture se trouve au bord des routes finit souvent écrasé. Un autre qui tourne autour des bivouacs devient un risque pour les randonneurs suivants, surtout si c’est un sanglier ou un ours dans les Pyrénées. Et plus banalement, un chamois qui attend les miettes au bord du sentier, ce n’est plus vraiment un chamois sauvage.

Posez-vous la question que pose Glacier National Park : et si tout le monde faisait pareil ? Un sentier populaire, c’est mille randonneurs par semaine en été. Mille trognons, mille peaux de banane, mille épluchures d’orange. Le calcul est vite fait.

Et puis il y a les pesticides

Autre angle moins glamour : les fruits vendus en grande surface, même bio dans certains cas, portent des résidus de traitement. Un trognon de pomme jeté dans un pâturage ou au bord d’une source ne rend service à personne, ni à l’herbe, ni aux vaches qui brouteront dessus, ni à la faune qui va le grignoter.

La seule règle qui marche : tout ce qui monte redescend

Le principe anglo-saxon pack it in, pack it out est le plus simple à retenir. Tout ce qui rentre dans votre sac en redescend. Y compris les trognons, les peaux et les noyaux. En pratique, trois réflexes suffisent.

Préparer les fruits à la maison. Éplucher, couper, mettre en bocal à vis : les déchets partent directement au compost et il ne reste que la chair prête à manger. Ça prend cinq minutes la veille.

Prévoir un sac dédié aux déchets. Un petit sac congélation ou un pochon en tissu dans une poche extérieure du sac à dos, et tous les emballages, papiers et restes y vont au fur et à mesure. Même les mégots pour ceux qui fument encore en rando : un boîtier hermétique évite la catastrophe l’été sur herbe sèche.

Remplacer les bouteilles plastiques par une gourde isotherme. Ça supprime une source majeure de déchets, et l’eau reste fraîche cinq heures sous trente degrés.

Un trognon pèse trente grammes. À ce prix, il n’y a aucune bonne raison de le laisser derrière.

Sources :
  • Jasmina Gloor, « Throwing away fruit scraps in nature, is it allowed? », octobre 2021
  • tentree, « Is it safe to leave food waste in nature? », septembre 2019, reprenant des données publiées par le Glacier National Park
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