Vos mollets tremblent après 300 mètres de montée raide alors que les cuisses sont encore fraîches ? Tout randonneur de pente l’a vécu. Les alpinistes, eux, ont une parade réglée depuis longtemps pour remettre le rapport de force à l’endroit.
Ça s’appelle le « french step » (pas français).
Pourquoi les mollets cramment les premiers ?
Quand on monte dans l’axe de la pente, le pied se retrouve en flexion dorsale maximale, talon haut, orteils pointés vers le ciel.
Dans cette position, ce sont les mollets (gastrocnémiens et soléaire) qui encaissent l’essentiel du travail. À chaque pas, ils soulèvent le poids du corps plus celui du sac. Normal qu’ils saturent : ce sont des muscles relativement petits comparés aux cuisses et aux fessiers.
Les grosses masses musculaires, elles, restent partiellement au ralenti. Fessiers, quadriceps, ischios, pourtant beaucoup plus puissants et endurants, ne donnent pas tout ce qu’ils ont. Tout l’enjeu du « pas français » consiste à leur rendre le boulot qui leur revient.
Le geste en pratique
La technique vient directement de l’alpinisme, où elle est enseignée dès les premiers stages. Elle tient en trois points simples.
D’abord, on oriente le corps de profil par rapport à la pente, pas face à elle. Ensuite, on pose le pied bien à plat sur le sol, perpendiculaire à la ligne de pente plutôt que dans son axe. Enfin, on croise un pied devant l’autre à chaque foulée, comme si on marchait latéralement. On avance ainsi en diagonale, en zigzaguant de temps en temps pour rester dans le sentier.
Résultat immédiat : les mollets ne soulèvent plus rien, ils stabilisent. Et ce sont les fessiers, les ischios et les quadriceps qui font tourner la machine.
Le principe en une phrase :
On tourne le pied à 90 degrés de la ligne de pente, on pose la semelle à plat, on croise les pieds. Aussi simple que ça.
Quand ça vaut vraiment le coup d’être utilisé ?
Sur un sentier plat ou en légère pente, le « pas français » serait plus fatigant qu’autre chose. En revanche, il fait des merveilles dans quatre situations qu’on croise vite en rando.
Dans les grosses rampes raides d’abord, typiquement dès que la pente passe les 25 à 30 degrés, là où une montée frontale devient un calvaire pour les mollets. Sur les éboulis et les pierriers ensuite, où le pied à plat offre une bien meilleure accroche que l’appui sur l’avant. Dans les pentes d’herbe rase et mouillée aussi, où la traction frontale glisse et où la mise à plat stabilise.
Et évidemment sur la neige dure en fin de saison, où c’est tout simplement la technique de base qu’on apprend en premier.
Un seul conseil pour démarrer : le corps ne suit pas toujours immédiatement. Il faut un ou deux jours de pratique pour que le geste vienne naturellement, sans qu’on ait à y penser. Mais une fois intégré, il se réactive tout seul dès que la pente pique.
À tester dès la prochaine sortie
Essayez-le la prochaine fois que le sentier grimpe et que vos mollets commencent à parler. Vous arriverez en haut avec beaucoup moins de jus dépensé, et surtout avec des cuisses qui vous remercieront en fin de journée. Les alpinistes ne l’ont pas gardé pour eux par hasard : c’est l’une de ces petites techniques qui, une fois adoptée, change durablement la manière de grimper.
