L’eau était claire, fraîche, tentante après des heures de marche. Mais claire ne veut pas dire potable. Neuf randonneurs y ont goûté mardi 14 juillet dans les Hautes-Pyrénées. Ils ont fini héliportés vers l’hôpital de Tarbes.
Deux groupes, deux vallées, le même réflexe qui a mal tourné. Le 14 juillet, les secours en montagne des Hautes-Pyrénées sont intervenus coup sur coup. Un premier groupe de cinq personnes près du refuge de la Glère, sur la commune de Barèges, dans les vallées des Gaves. Un second de quatre personnes au lac de Bastan, du côté d’Aragnouet, en vallée d’Aure. Tous auraient bu l’eau des lacs et des torrents voisins, selon la presse locale. Ils ont dû être évacués par hélicoptère.
Selon les premiers éléments, cette eau est soupçonnée d’être à l’origine des symptômes, prélevée directement dans le milieu naturel, qui a déclenché les malaises. Une eau non potable, chargée de bactéries que la faune et la flore laissent derrière elles.
Une eau limpide n’est pas une eau potable
C’est là que beaucoup se font piéger. On regarde un torrent qui dévale la roche, une eau transparente, glacée, et le cerveau conclut tout seul : c’est pur, je peux boire. Faux. La transparence ne dit rien de ce qu’il y a dedans.
Une eau de montagne, même parfaitement claire, peut transporter des bactéries, des parasites et divers micro-organismes. Ils viennent du passage des animaux en amont, d’activités humaines, de sols contaminés. Un troupeau qui a traversé le ruisseau cinq cents mètres plus haut, une carcasse dans le bassin versant, et votre gorgée fraîche devient une intoxication à retardement.
Même à 2 000 mètres, l’altitude ne purifie rien. Un torrent qui semble sortir du glacier a presque toujours traversé des zones de pâture ou de passage animal en amont.
La gourde filtrante ne vous couvre pas à 100 %
Voilà l’info qui va déranger pas mal de monde. Ces gourdes à filtre intégré, qu’on voit partout sur les sentiers depuis quelques années, rassurent. À tort, en partie. Les secours en montagne le disent clairement : elles ne garantissent pas une sécurité totale face à ces contaminations.
Selon les modèles, un filtre arrête les sédiments et une partie des bactéries, mais laisse passer virus ou certaines toxines. Pratique pour l’appoint, oui. Blanc-seing pour boire n’importe quelle flaque, non. Si vous comptez dessus comme unique source d’eau sur une longue sortie, vous jouez avec vos intestins.
L’hydratation, ça se prépare avant de chausser
La vraie parade tient dans le sac à dos, et elle se règle à la maison. Les secours recommandent de partir avec une quantité d’eau potable suffisante, calée sur la durée de la sortie. Par forte chaleur, comptez au moins un demi-litre par heure de marche. Une rando de six heures en plein cagnard, ça fait vite trois litres à prévoir.
Sur le terrain, privilégiez les points d’eau sécurisés. Les refuges de montagne en proposent, et c’est là qu’on remplit, pas dans le premier ruisseau venu. Ça pèse plus lourd au départ, d’accord. Mais un litre de trop dans le sac reste toujours moins pénible qu’un hélitreuillage vers Tarbes.
Les secours notent que ce genre d’intervention se multiplie l’été, quand les massifs se remplissent. Déshydratation d’un côté, eau impropre de l’autre. Deux causes évitables avec un peu d’anticipation. La prochaine fois qu’un torrent vous fait de l’œil au détour du sentier, souvenez-vous des neuf de mardi. L’eau la plus sûre, c’est celle que vous avez montée vous-même.
- La Semaine des Pyrénées, Patrick Sacristan, 15 juillet 2026
- La Nouvelle République des Pyrénées, secours après consommation d’eau en montagne
- France 3 Occitanie, prévention sur l’eau des ruisseaux, torrents et lacs
