« C’est la police du maire ! » : quand l’état des chemins bloque les randonneurs

Chemin rural étroit entre deux haies et champs ouverts, avec un portail fermé en lisière

C’est le genre de débat qui ne fait pas la une et qui pourtant conditionne des milliers de sorties. Jeudi 24 septembre 2026, réunis à Saint-Michel-d’Halescourt, les élus de la communauté de communes des 4 Rivières en Bray ont abordé un sujet qui n’était pas inscrit à l’ordre du jour : l’état des chemins de randonnée du territoire. Il est devenu le débat le plus animé de la soirée.

Le constat est simple et très concret : après une météo capricieuse, plusieurs chemins sont devenus impraticables. Et la question de savoir qui doit intervenir a fait apparaître une réalité juridique que beaucoup d’élus locaux méconnaissent, comme le rapporte actu.fr.

Des arbres tombés, des haies qui bloquent le passage

Christine Lesueur, présidente de la communauté de communes, a posé le problème sans détour. La météo a rendu certains chemins de randonnée du territoire impraticables : « Des arbres sont tombés et certaines haies sont gênantes, ce qui bloque le passage des randonneurs et vélos. Il en va de la compétence des communes. »

Derrière cette phrase se cache une situation que connaissent beaucoup de territoires ruraux :

Pour le randonneur, cela se traduit par un détour, un demi-tour, ou une sortie abandonnée. Pour l’élu, cela se traduit par une question autrement plus délicate : qui est responsable, et sur quel fondement peut-on obliger quelqu’un à agir ?

« C’est la police du maire ! »

Le point de tension est apparu très nettement. Plusieurs élus ont expliqué ne pas pouvoir intervenir, « surtout quand le terrain appartient à un propriétaire ». Autrement dit : le chemin passe bien chez nous, mais le sol appartient à quelqu’un d’autre, donc ce n’est pas notre affaire.

La réponse de Christine Lesueur a cloué le débat : « C’est la police du maire ! Vous êtes officier de police judiciaire. »

La formule est juridiquement exacte, et elle mérite d’être explicitée, parce qu’elle change tout. En France, le maire détient la police administrative et, à ce titre, il est officier de police judiciaire sur le territoire de sa commune. Cela lui donne des pouvoirs propres pour faire respecter la tranquillité, la salubrité et la sécurité publiques.

En pratique, cela signifie qu’un maire n’est pas démuni face à une haie qui empiète sur un chemin ou à un arbre dangereux :

C’est ce dernier point qui rend le sujet sensible. Un chemin communal mal entretenu, un randonneur blessé, et la question de la responsabilité de la commune se pose immédiatement.

Des élus pris entre deux feux

L’article d’actu.fr résume bien la difficulté politique : les élus sont « pris entre leur devoir de sécurité sur les chemins de randonnée et leur proximité avec les riverains récalcitrants de leur propre commune ».

Dans un village de quelques centaines d’habitants, le propriétaire dont la haie bloque le chemin est souvent un voisin, parfois un électeur, parfois un ami. Rappeler à quelqu’un ses obligations légales quand on le croise tous les jours à la boulangerie n’a rien d’anodin.

Deux arguments sont revenus dans le débat :

Face à cette situation, des élus ont demandé à la communauté de communes un « soutien » pour faire passer les messages auprès des propriétaires concernés. Une manière de sortir de la relation interpersonnelle en s’appuyant sur une instance plus large. Un travail en commun devra donc être mené sur ce point.

Ce que ça dit de l’état des chemins ruraux en France

Le cas des 4 Rivières en Bray n’a rien d’exceptionnel. Il illustre une réalité structurelle : le réseau de chemins ruraux français est immense, ancien, et repose largement sur l’entretien de parcelles privées.

La suite de l’article sur cette question juridique et pratique est d’ailleurs bien documentée ailleurs sur le site. Notre dossier sur la loi sur l’engrillagement des espaces naturels revient sur les obligations des propriétaires en matière d’accès, et notre guide pour lire le balisage des sentiers aide à comprendre comment un itinéraire officiel se matérialise sur le terrain, dépendance comprise.

Il faut aussi rappeler que ces chemins ne sont pas des équipements figés. Leur maintien dépend d’une chaîne d’acteurs, ce que nous détaillions dans notre article sur ceux qui entretiennent les sentiers de randonnée en France. Quand un maillon s’arrête, la conséquence est immédiate pour le marcheur.

Ce que les randonneurs peuvent faire

Face à un chemin bloqué, le réflexe utile n’est pas d’escalader l’obstacle. Un arbre en travers reste dangereux, une haie peut dissimuler un trou ou une clôture.

La bonne réaction :

Ce dernier point n’est pas anodin. Les règles d’accès aux espaces naturels et le statut des chemins ruraux évoluent régulièrement, et les contentieux liés à des accidents sur des itinéraires dégradés existent. Nos repères sur les sentiers populaires qui posent problème et notre article sur l’élection des chemins de randonnée préférés des Français complètent utilement ce contexte.

L’idée à retenir

Quand un chemin de randonnée est bloqué par un arbre tombé ou une haie, ce n’est pas seulement un problème d’entretien. C’est une question de compétence et de responsabilité : le maire détient la police administrative et peut agir, y compris sur un terrain privé, après mise en demeure. Dans le Pays de Bray, le rappel a été fait en séance. Partout ailleurs, il vaut la peine d’être connu : pour un randonneur bloqué, savoir à qui s’adresser change tout. Et pour une commune, savoir qu’elle engage sa responsabilité change souvent la priorité.

Questions fréquentes

Qui doit entretenir un chemin de randonnée ?

La commune est compétente pour les chemins ruraux et communaux. Lorsque le sol appartient à un propriétaire privé, c’est au maire de faire respecter les obligations d’entretien, au besoin après mise en demeure.

Que faire si une haie bloque le passage ?

Signalez-le à la mairie concernée. Le maire peut mettre en demeure le propriétaire, puis faire exécuter les travaux d’office à ses frais si rien n’est fait.

Puis-je passer malgré l’obstacle ?

Non, ce n’est pas recommandé. Un arbre instable, une haie dense ou un chemin dégradé présentent un risque réel de chute ou de blessure. Faites demi-tour et signalez.

Un maire peut-il fermer un chemin de randonnée ?

Oui, pour des raisons de sécurité, de façon temporaire. Les fermetures liées à des incendies, des éboulements ou des travaux en sont des exemples fréquents.

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