Officiellement inauguré le 25 avril 2026, le Teifi Valley Trail file sur 133 km à travers le pays de Galles, des landes désertes des Cambrian Mountains jusqu’aux sables de Cardigan Bay.
Un sentier longue distance né d’une initiative locale, taillé pour les randonneurs qui aiment suivre un fil, celui d’une rivière, du premier murmure jusqu’à la mer.
Comme le montre la naissance du Tour de l’Obiou en France, les nouveaux sentiers longue distance ont le vent en poupe en ce moment.
Un sentier né d’une rivière et d’une région en quête de sens
La Teifi prend sa source dans les Cambrian Mountains, en Ceredigion, cette région surnommée « le désert vert du pays de Galles » : des collines nues, balayées par le vent, presque sans âme qui vive.
La rivière parcourt ensuite 120 km vers le sud-ouest avant de se jeter dans Cardigan Bay.
Historiquement, elle était le poumon économique du pays : pêche au saumon et au sewin (la truite de mer locale), industrie lainière florissante, deux abbayes du XIIe siècle à ses extrémités, la plus ancienne université du pays de Galles en chemin.
Aujourd’hui, les abbayes sont en ruines, les moulins sont fermés, les stocks de poissons se sont effondrés. L’usine de Dre-fach Felindre a reconverti ses métiers à tisser en Musée national de la Laine.
C’est dans ce contexte que quelques marcheurs déterminés ont décidé de redonner une raison d’être à la vallée. L’idée remonte à l’époque où Ceredigion, Pembrokeshire et Carmarthenshire formaient une seule autorité (Dyfed). La séparation des trois comtés en 1996 avait mis le projet en veille.
Trente ans plus tard, la Teifi Valley Trail Association a repris le flambeau : membres de groupes Ramblers locaux, communautés « Walkers are Welcome » et associations de sentiers ont travaillé ensemble pour rouvrir des chemins, obtenir des autorisations, poser des balises et rédiger un topo.
« L’un des objectifs principaux est d’attirer des gens avec sac à dos et chaussures pour qu’ils dépensent de l’argent ici », résume James Williams de la TVTA. « On a vu l’effet économique des sentiers côtiers, on voulait en avoir un peu nous aussi. »
133 km de gorges, d’abbayes et de sable : ce que le sentier traverse vraiment
Le parcours officiel couvre 83 miles, soit 133 km, du départ aux Teifi Pools jusqu’à l’arrivée à Poppit Sands, une plage de sable balayée par les vents de Cardigan Bay.
Côté logistique, le tracé a été pensé avec un souci d’accessibilité en transports en commun et une sélection de points d’étape, utile quand on prévoit plusieurs jours de marche avec nuit en gîte ou camping.
La rivière elle-même tient lieu de fil conducteur et de guide naturel.
En début de parcours, depuis les Teifi Pools, le sentier suit un filet d’eau quasi invisible à travers la lande ouverte, avant de plonger dans des cwms (vallées boisées encaissées) où la rivière grossit vite.
Plus bas, les gorges creusent le relief, les abbayes en ruines jalonnent la route et les plages de sable annoncent la fin du voyage à Poppit Sands.
La journaliste Sarah Baxter, qui a marché le sentier avec son mari pour le Guardian, décrit cette progression comme « quelque chose de puissant » : suivre une rivière du premier gazouillis jusqu’à l’embouchure donne un cadre narratif que peu de sentiers offrent.
Distance : 83 miles / 133 km. Départ : Teifi Pools (Cambrian Mountains, Ceredigion). Arrivée : Poppit Sands (Cardigan Bay). Inauguration officielle : 25 avril 2026. Topo et carte disponibles via la Teifi Valley Trail Association. Accès possible en transports en commun. Aucune difficulté technique alpine, mais plusieurs jours de marche conseillés pour profiter du tracé complet.
Une initiative locale qui mise sur le modèle des sentiers côtiers
Ce qui rend ce sentier différent d’un simple balisage de plus, c’est l’énergie qui l’a produit. Pas une institution régionale ni un budget européen : des bénévoles, des randonneurs du coin, des associations de villages.
Kay Davis, de la TVTA, raconte que le projet a mûri lentement, porté par des gens qui connaissent chaque talus et chaque portail de la vallée.
L’objectif est clairement économique autant que patrimonial : recréer pour la vallée intérieure ce que le Wales Coast Path a fait pour le littoral, c’est-à-dire attirer des marcheurs qui séjournent, mangent et dorment sur place.
Pour les randonneurs français habitués à planifier leurs longues distances, le Teifi Valley Trail s’inscrit dans une tendance que l’on observe aussi ici.
Les chemins de pèlerinage comme Compostelle ont montré depuis longtemps que la marche longue distance irrigue économiquement des territoires ruraux que rien d’autre ne ferait vivre. Le Teifi parie sur la même logique, dans une vallée qui a perdu ses laines et ses saumons mais garde intacts ses paysages, sa rivière et ses ruines.

