Quand on parle de randonnée au Portugal, on cite la Serra da Estrela, la côte de l’Algarve, parfois les sentiers du Douro. Peneda-Gerês, jamais ou presque. C’est pourtant le seul parc national du pays, classé réserve de biosphère par l’UNESCO, et il compte plus de 300 sentiers balisés. Tant mieux pour ceux qui y vont avant les autres.
Le seul parc national du Portugal, et c’est au nord que ça se passe
Créé en 1971, Peneda-Gerês occupe l’extrême nord du pays, collé à la frontière espagnole face à la Galice. C’est le seul site portugais à bénéficier du statut de parc national, le pays ayant longtemps privilégié d’autres formes de protection comme les parcs naturels ou les réserves. Autrement dit, si vous voulez voir ce que le Portugal a de plus préservé, c’est là et nulle part ailleurs.
On y croise des chevaux sauvages, les garranos, une race locale autrefois utilisée comme bête de somme et aujourd’hui laissée en liberté sur les hauteurs. Ils jouent un rôle concret contre les incendies en broutant la végétation combustible. Le parc abrite aussi des loups ibériques, des aigles royaux et des cerfs, même si les chances d’en apercevoir restent minces. Pour les chevaux en revanche, le contact est presque garanti sur certaines routes d’altitude.
Le parc est classé réserve mondiale de biosphère par l’UNESCO. Ce statut protège la faune et les pratiques pastorales locales, et impose quelques règles basiques : pas de bivouac sauvage, pas de cueillette, et interdiction de nourrir les chevaux.
Quatre randonnées qui valent le détour
Plus de 300 sentiers au total. Impossible de tout faire en un week-end. Quatre itinéraires suffisent à rentabiliser un court séjour.
La vedette du parc s’appelle Poço Azul do Gerês : 8,5 km aller-retour, 300 m de dénivelé, trois heures à rythme contemplatif. L’itinéraire traverse des champs de blocs granitiques, la végétation passe du pin au chêne en moins d’une heure, et la récompense finale tient dans une piscine naturelle d’un bleu presque irréel. Techniquement, ça reste facile. Le vrai conseil : partir tôt. À 8h au parking, on a le sentier pour soi. En plein été, le site sature. L’eau est froide même en juillet, vous voilà prévenus.
Pour quelque chose de plus court, direction Pincães : 1,6 km aller, 120 m de dénivelé. Le sentier longe un canal d’irrigation traditionnel, ce qu’en Valais on appellerait un bisse. La cascade d’arrivée mérite largement le déplacement, avec une belle vasque de baignade. Comptez deux heures et demie aller-retour avec le pique-nique. Parfait pour un après-midi sans pression.
La Cascata do Arado, elle, ne demande aucun effort : 50 mètres depuis la route et vous êtes au pied de la chute. C’est moins une rando qu’un arrêt, mais le site est spectaculaire en début d’été quand le débit est fort. En fin de saison sèche, prévoyez une bonne dose de déception. La bonne nouvelle, c’est que le parking du sentier Poço Azul est juste à côté, donc autant enchaîner.
Enfin, la Cascata da Portela do Homem se niche tout en haut du col, à la frontière espagnole. Le rio Homem dévale depuis les hauteurs du parc. La route d’accès traverse les zones fréquentées par les chevaux sauvages, il faut vraiment lever le pied. Baignade possible quand le courant le permet, prudence sinon.
Les miradouros et les coups d’œil qui ne coûtent qu’un parking
Certaines des plus belles images du parc ne demandent aucun effort, juste de rouler jusqu’au bon point.
Le Miradouro da Pedra Bela est le plus accessible du parc. Parking juste à côté, plateforme aménagée, vue directe sur le réservoir de Caniçada et sur une bonne partie des hauteurs. Arrêt de dix minutes, idéal en fin de journée.
Au-dessus du village de Fafião, un autre miradouro surplombe la vallée du rio Fafião. C’est sauvage, peu bâti, typique de ce que le parc fait de mieux : du vert, du relief, aucune station ni lotissement en vue. Juste en contrebas, le pont Pigarreira donne accès à des piscines naturelles à vingt minutes à pied.
Plus brutal : la Fecha de Barjas, en fait une cascade principale à plusieurs paliers, pas une série comme son nom pourrait le suggérer. La descente vers le pied est raide, très raide, et les rochers sont polis par des années de passage en été. Oubliez les tongs, il faut des chaussures fermées. Si vous n’y croisez personne, c’est que vous avez bien choisi votre saison.
Les garranos circulent librement sur les routes de montagne, notamment dans le secteur de la Portela do Homem. Ralentissez systématiquement en zone boisée en altitude, et conduisez de jour autant que possible. Ils ne sont pas agressifs, mais une collision nocturne reste un risque réel.
Quand y aller, où dormir
Le parc se visite à peu près toute l’année, avec deux pics d’affluence : juillet-août pour la baignade, et les week-ends de printemps pour les floraisons. En octobre, les sentiers sont quasi vides, la lumière est douce, mais certaines cascades coulent moins fort. Vrai compromis à faire selon vos priorités.
Pour le logement, trois options selon ce que vous cherchez. Le village de Gerês est le plus pratique pour une première visite : restaurants, hôtels, accès facile aux routes principales. On y trouve même un spa thermal, mais attention, l’accès aux bains publics alimentés par les sources chaudes nécessite une ordonnance médicale au Portugal. Assez déroutant pour un touriste de passage.
Pour plus d’authenticité, viser les villages de Soajo ou Lindoso au nord-ouest du parc. Moins touristiques, architecture traditionnelle avec les espigueiros (les greniers sur pilotis typiques de la région, cousins des hórreos galiciens), et accès direct à des sentiers moins fréquentés. Pour l’immersion totale, Ermida ou Fafião. Le camping Ermida Gerês est à dix minutes à pied du départ de la rando Poço Azul, ce qui reste imbattable. Fonctionnement en auto-enregistrement hors saison, bungalows disponibles pour ceux qui voyagent léger.
Dernière astuce terrain : méfiez-vous du GPS dans ces villages. Certaines ruelles affichées comme praticables ne le sont pas du tout. Pour atteindre Ermida, viser la Rua do Seco plutôt que la Rua Agua de Perreira, sauf envie de faire marche arrière sur 200 mètres entre deux murs en pierre.
Alors, vrai Yosemite portugais ou pas ?
Peneda-Gerês ne remplacera pas un trek dans les Pyrénées ni un GR20. Les dénivelés restent modestes, les distances aussi. Mais pour un long week-end outdoor, accessible en vol direct sur Porto puis 1h30 de route, c’est clairement un des meilleurs spots d’Europe occidentale qui n’est pas encore sur la short-list des randonneurs français. Chevaux sauvages, cascades, piscines naturelles, villages en pierre, le tout sans foule. Ça risque de changer dans les prochaines années. Autant y aller avant.
