Le Chemin de Compostelle, c’est désormais des files d’attente aux gîtes et des cohortes de pèlerins au coude à coude. La Via Transilvanica, elle, traverse la Roumanie sur plus de 1 400 km sans la moindre foule, dans des paysages qui tiennent encore leurs promesses. Si vous cherchez un grand itinéraire pour l’été, nos comparatifs de destinations nature vous ont déjà montré que les meilleurs spots ne sont pas toujours les plus médiatisés.
Un itinéraire de 1 400 km à travers le cœur de la Transylvanie
La Via Transilvanica relie Putna, dans la région de Bucovine au nord-est du pays, à Drobeta-Turnu Severin sur le Danube au sud-ouest. Au total, plus de 1 400 kilomètres balisés traversent forêts de hêtres, hauts plateaux, villages saxons et zones d’estive où les bergers conduisent encore leurs troupeaux comme il y a deux siècles. Le sentier a été inauguré en 2021 après plusieurs années de travail collaboratif avec les communautés locales, et son balisage est soigné : des bornes en pierre sculptées jalonnent régulièrement le parcours, difficiles à rater.
Côté profil, le trail n’est pas une autoroute plate. Les Carpates imposent leurs propres règles, avec des journées qui oscillent entre 15 et 30 km selon les tronçons, des dénivelés positifs variables mais souvent modérés (la majorité des étapes restent accessibles à des randonneurs entraînés sans expérience alpine). La durée complète en thru-hike est estimée à environ 70 à 80 jours, mais rien n’oblige à tout faire d’un coup : la plupart des randonneurs enchaînent des sections de 5 à 10 jours selon leur agenda.
Ce qui distingue la Via Transilvanica du Camino
La comparaison avec le Chemin de Saint-Jacques n’est pas anodine. Le Camino Francés accueille aujourd’hui plus de 200 000 pèlerins par an sur certains tronçons, ce qui transforme certaines étapes en véritables embouteillages pédestres. La Via Transilvanica, elle, reste confidentielle à l’échelle européenne. On y croise des locaux, des bergers, des villageois curieux, mais rarement des groupes organisés en t-shirts assortis.
L’accueil est décrit comme particulièrement chaleureux : les habitants des villages traversés sont habitués à voir passer des marcheurs depuis l’ouverture du sentier, et beaucoup proposent l’hébergement à la ferme ou le repas du soir contre une contribution modeste. C’est exactement le genre de rencontres que le tourisme de masse a rendu plus difficile sur les grandes routes balisées d’Europe occidentale.
Sauvage, oui, mais pas sans logistique
Quelques réalités à anticiper avant de partir. La Roumanie n’est pas l’Espagne : les transports en commun vers les points de départ ou de reprise de tronçons sont limités, et l’anglais n’est pas systématiquement parlé dans les petits villages de montagne. Prévoir une application de traduction et quelques mots de roumain change la donne. Les points d’eau sont présents sur le parcours, notamment les fontaines villageoises et les sources de montagne, mais il est recommandé de ne jamais partir avec moins d’un litre sur soi dans les sections isolées.
La faune aussi mérite attention : les Carpates abritent l’une des plus importantes populations d’ours bruns d’Europe. Les incidents restent rares sur les sentiers balisés fréquentés, mais les randonneurs habitués aux trails alpins français doivent adapter leurs réflexes. Faire du bruit en forêt dense, ne pas laisser de nourriture accessible la nuit : des précautions élémentaires qui s’appliquent ici avec plus de sérieux qu’en Chartreuse. Sur ce sujet, notre article sur les dangers sous-estimés en randonnée rappelle que l’expérience ne protège pas de tout.
Comment aborder la Via Transilvanica quand on part de France
Cluj-Napoca et Brașov sont les deux hubs aéroportuaires les mieux placés pour accéder aux tronçons centraux du sentier, avec des vols directs depuis Paris, Lyon ou Bordeaux selon les compagnies. Depuis Brașov, plusieurs sections traversant les Carpates méridionales sont accessibles en moins d’une heure de route ou de bus. Pour une première approche, les tronçons autour de Sibiu et des villages saxons de la région sont souvent cités comme les plus accessibles et les plus variés, entre architecture médiévale et prairies d’altitude.
Le site officiel de la Via Transilvanica propose un découpage en étapes numérotées avec distances, dénivelés et points d’hébergement recensés. Une appli mobile dédiée existe également pour le suivi GPS sur le terrain, compatible hors connexion, ce qui est appréciable dans les zones reculées sans réseau.

