Entre alpages, forêts et ouvrages hydrauliques, Anzère ouvre une belle porte sur les paysages du Valais. Du Grand Bisse d’Ayent au lac de Tseuzier, voici deux idées de randonnée pour découvrir un territoire où l’eau raconte autant l’histoire des hommes que la montagne.
Anzère, un balcon naturel sur la vallée du Rhône
À Anzère, la randonnée commence dans une station installée à 1 541 mètres d’altitude. La première impression est déjà celle d’un grand espace ouvert : depuis le village, l’itinéraire en direction du lac de Tseuzier permet d’observer la vallée du Rhône et les sommets de plus de 4 000 mètres qui lui font face. Puis le décor évolue progressivement. Les alpages laissent place à des secteurs plus boisés et rocailleux, jusqu’à l’univers minéral du barrage.
Cette transition donne tout son intérêt à une découverte du secteur. Anzère n’est pas seulement un point de départ pratique pour marcher. C’est aussi un bel endroit pour comprendre la géographie locale, entre les pentes habitées, les pâturages d’altitude et la vallée de la Lienne. Les paysages changent sans exiger d’emblée un itinéraire alpin engagé, à condition de choisir une randonnée adaptée à son niveau et aux conditions du jour.
Le Grand Bisse d’Ayent, une randonnée dans la mémoire de l’eau
Le Grand Bisse d’Ayent prend son eau près du barrage de Tseuzier. Construit en 1442, il servait à arroser les prés et les vignes d’Ayent et de Grimisuat. Aujourd’hui, son parcours permet surtout de découvrir un patrimoine remarquable, fait de traces anciennes, de restaurations et d’aménagements qui rendent visible le travail accompli par les générations précédentes.
La partie supérieure du bisse est asséchée depuis l’achèvement du barrage, au milieu des années 1950. Le chemin suit néanmoins les vestiges de cet ancien système d’irrigation. Les prés et les vignes qui bénéficiaient de cette eau rappellent combien la gestion des ressources était essentielle dans les vallées alpines.
Du barrage de Tseuzier aux Mayens d’Arbaz
La fiche consacrée au Grand Bisse d’Ayent par Anzère Tourisme décrit un itinéraire qui part du barrage de Tseuzier, à 1 777 mètres d’altitude, et descend vers les Mayens d’Arbaz. La fiche Valais/Wallis Promotion présente le même parcours avec un départ au barrage à 1 779 mètres et une arrivée aux Mayens d’Arbaz à 1 319 mètres. Ces repères donnent une idée claire de l’esprit de la randonnée : le chemin avance globalement à la descente, avec quelques remontées, en suivant une ligne d’eau historique accrochée aux reliefs.
Au fil du parcours, plusieurs éléments illustrent les techniques anciennes de construction. Dans le vallon de la Lienne, des encorbellements ont été reconstitués. À Torrent-Croix, les boutsets témoignent eux aussi des solutions imaginées pour faire circuler l’eau dans un terrain difficile. Le parcours rappelle ainsi que les bisses sont à la fois des itinéraires de promenade et des ouvrages qui ont contribué au développement des paysages agricoles valaisans.
Le passage des Follés, un moment à aborder avec prudence
Le passage des Follés est l’un des secteurs les plus marquants du Grand Bisse d’Ayent. Le bisse y longe une arête rocheuse et une corniche. Une main courante équipe cette portion, mais le chemin reste exposé et peut provoquer une sensation de vertige. Il est donc réservé aux personnes qui se sentent à l’aise dans ce type d’environnement. Cette portion est à prendre au sérieux, notamment pour une sortie familiale ou lorsque la météo réduit la visibilité.
Une alternative est indiquée par Anzère Tourisme pour les personnes sujettes au vertige : rejoindre l’arrêt de bus « Samarin » et commencer le parcours à cet endroit afin d’éviter le passage à flanc de falaise. Cette possibilité ne dispense pas de vérifier les horaires, l’état de l’itinéraire et les conditions locales avant le départ. En montagne, un sentier décrit comme praticable sur une fiche peut évoluer selon la saison, les travaux ou la météo.
Les ouvrages de Torrent-Croix et le tunnel éclairé
À Torrent-Croix, les anciennes installations offrent un aperçu spectaculaire du savoir-faire lié aux bisses. Le canal était autrefois aménagé à mains nues dans la roche et empruntait des chéneaux accrochés à la falaise. Ces chéneaux ne sont plus en service depuis quelques années, mais leur souvenir est désormais associé au verso du billet suisse de 100 francs depuis 2019.
Le tracé actuel traverse un tunnel éclairé de 95 mètres de long. Il faut penser à baisser la tête pendant le passage. Une plate-forme aménagée au milieu du tunnel offre une vue sur l’installation restaurée. Ce détail transforme un simple passage en véritable séquence de découverte, avec une lecture concrète de la manière dont l’ancien bisse franchissait les difficultés du relief.
Le lac de Tseuzier, objectif d’une randonnée depuis Anzère
Pour une approche différente du secteur, l’itinéraire « D’Anzère au lac de Tseuzier » part du village d’Anzère et revient au même point. La fiche Valais/Wallis Promotion le classe en difficulté moyenne, pour une longueur de 19,69 kilomètres et une durée annoncée de 5 heures. Le dénivelé est de 338 mètres en montée et de 338 mètres en descente. La pente n’est pas décrite comme trop raide, mais la distance impose de prévoir une sortie complète.
Le chemin suit la suone de Sion, un canal d’irrigation construit entre 1901 et 1903. Certaines parties sont souterraines et ne se voient pas. La progression mène ensuite vers Les Rousses, puis vers le barrage de Tseuzier, réservoir artificiel construit entre 1953 et 1957 pour retenir les eaux de la Lienne. Le contraste entre le canal historique et le grand ouvrage contemporain compose l’un des fils conducteurs de cette randonnée.
Une montagne façonnée par les passages et les retenues
Le lac de Tseuzier n’est pas un lac naturel : c’est une retenue liée au barrage construit entre 1953 et 1957. Installé dans un cadre de montagne, l’ouvrage marque l’arrivée de l’itinéraire depuis Anzère. La fiche officielle indique la présence d’un restaurant près du barrage, à 1 777 mètres d’altitude, avec une terrasse. Cette halte peut servir de repère à la journée, selon les horaires et les conditions d’ouverture.
Le secteur porte aussi la mémoire des itinéraires anciens. Jusqu’au Moyen Âge, la vallée servait de passage alpin par le col du Rawyl, situé à 2 425 mètres, en direction du Berner Oberland. Aucune route ne franchit aujourd’hui ce col. Cette histoire aide à imaginer la place stratégique de la vallée avant les aménagements modernes, lorsque les passages à pied structuraient les échanges entre les régions alpines.
Deux façons de composer une journée autour de l’eau
Les deux itinéraires peuvent se lire comme deux expériences complémentaires. La randonnée depuis Anzère vers le lac de Tseuzier privilégie une boucle aller-retour panoramique, la suone de Sion et l’approche progressive du barrage. Le Grand Bisse d’Ayent suit davantage une logique de traversée descendante, centrée sur le patrimoine hydraulique, les passages restaurés et les paysages d’Ayent.
Anzère Tourisme indique aussi qu’il est possible de combiner le début du Grand Bisse d’Ayent avec le tour du lac de Tseuzier, en passant par la rive gauche et en traversant le mur du barrage. Cette combinaison demande de construire une journée cohérente et de se reporter aux informations actualisées avant de partir. Pour rejoindre le barrage, l’accès peut se faire en véhicule privé ou avec une navette annoncée entre juillet et octobre certains jours de la semaine et le week-end, selon les horaires disponibles auprès d’Anzère Tourisme.
Préparer sa randonnée et prolonger la découverte
Les informations officielles recommandent de bonnes chaussures, des vêtements adaptés à la météo, un gilet imperméable, une protection pour la tête, une protection solaire, de l’eau et un pique-nique. Des bâtons peuvent être utiles, tout comme une carte ou une impression de l’itinéraire. Les conditions changent rapidement en montagne : il faut évaluer les capacités des participants, consulter les prévisions et renoncer ou redescendre en cas de mauvais temps.
Le cheminement le long de la suone de Sion demande une attention particulière. La fiche de l’itinéraire précise que certaines sections sont exposées et accessibles par des échelles métalliques. Elles sont réservées aux randonneurs sans vertige et ne conviennent ni aux enfants ni aux chiens. L’itinéraire propose aussi des tunnels pour cette dernière partie. Dans tous les cas, rester sur les sentiers balisés, respecter les panneaux, refermer les portes et adopter un comportement discret envers les animaux, les plantes et les autres usagers fait partie de la sortie.
Encart pratique : le Grand Bisse d’Ayent est annoncé en difficulté moyenne. La fiche Anzère indique 11,4 kilomètres, 3 heures et un dénivelé de +68 mètres et -519 mètres, avec une mise en eau de juin à septembre. La fiche Valais/Wallis Promotion indique 11,7 kilomètres, 3 h 15, +150 mètres et -610 mètres, pour un départ au barrage de Tseuzier à 1 779 mètres et une arrivée aux Mayens d’Arbaz à 1 319 mètres. Pour l’itinéraire d’Anzère au lac de Tseuzier, Valais/Wallis Promotion indique 19,69 kilomètres, 5 heures, +338 mètres et -338 mètres, au départ et à l’arrivée du village d’Anzère à 1 541 mètres.
Après le Grand Bisse d’Ayent, la découverte peut se poursuivre à Botyre avec le Musée valaisan des Bisses. Anzère Tourisme le situe dans une maison peinte, une bâtisse historique du XVIIe siècle. Le musée propose 270 mètres carrés d’exposition consacrés au rôle des bisses dans le développement de la région valaisanne. Cette visite donne un prolongement culturel logique à la randonnée : après avoir vu les traces du canal sur le terrain, on peut approfondir l’histoire de ces ouvrages et de ceux qui les ont construits.
Le parcours peut aussi se terminer aux Mayens d’Arbaz, près de l’Étang Long. Anzère Tourisme indique que le site est apprécié des pêcheurs et dispose de places de pique-nique ainsi que d’emplacements pour les barbecues. À la belle saison, le Restaurant du Lac Le Pascali’s est également mentionné sur la page officielle. Ces possibilités permettent d’imaginer une sortie qui associe marche, patrimoine et pause au bord de l’eau, sans réduire la montagne à une simple performance sportive.
