Il y a des randonnées qui laissent des traces. Dans les jambes, d’abord, puis dans la tête. Celle-ci en fait clairement partie.
Dans cet article, je vous emmène sur un itinéraire confidentiel au cœur des Écrins, loin des foules, des spots Instagram et des refuges bondés.
Cinq jours entre forêts, alpages et pierriers, à sillonner un territoire où l’on croise plus de brebis que de randonneurs. Le point d’orgue ?
Une claque visuelle face à un sommet dont la face nord semble sortie d’un rêve de haute montagne.
Maintenant que le décor est planté, partons ensemble explorer ce tracé qui devrait rejoindre la liste de vos prochaines itinérances made in France.
Premier jour : mise en jambe bucolique
Le départ se fait tout en douceur (ou presque), depuis un village en fond de vallée.
Le long d’un torrent, un sentier en balcon nous emmène vers un hameau minuscule, habité par une dizaine d’habitants à l’année. Quelques granges, une chapelle, du silence : ambiance.
La montée est tranquille. 5 km, 2 petites heures de marche. Juste le temps de caler le sac, de trouver son rythme et de se reconnecter à ce qui compte : le bruit de l’eau, l’odeur des pins, et l’attente de ce qui vient.
Deuxième jour : l’étape lunaire
Changement d’ambiance au deuxième jour. On grimpe en lacets serrés à travers une forêt fleurie, avant de déboucher face à… autre chose.
Des orgues calcaires, dressées comme les tuyaux d’une cathédrale minérale. Le sentier flirte avec les 2300 mètres d’altitude.
On traverse plusieurs étages de végétation. Ça fleure bon l’alpage et l’air pur.
Le col atteint, la vue se dégage sur les sommets, avant de replonger vers un hameau encore plus isolé.
Troisième jour : vers la haute montagne
Cette étape-là, je ne m’en suis toujours pas remis. Elle commence dans la douceur : prairies, torrents, cascades. Puis peu à peu, le décor change.
Les arbres s’effacent, le sol devient pierreux, le paysage se fait plus brut, plus minéral.
Et là… elle apparaît.
Une face nord élancée, austère, verticale. L’Olan et ses 3 564 mètres, imposant, mythique. Les yeux encore écarquillés, on continue jusqu’au refuge de Font Turbat, blotti juste en dessous.
Le refuge est le seul du secteur et probablement l’un des plus beaux coins où j’ai dormi.
Quatrième jour : la descente sauvage
Au matin du quatrième jour, le sentier emmène dans un vallon méconnu, isolé, sauvage.
Ça grimpe encore un peu avant de basculer de l’autre côté du col. Un dernier regard, l’Olan est toujours là, majestueusement planté dans son massif.
La descente serpente entre pierriers, genévriers et bruyères, tandis qu’une cascade se fait entendre au loin dans cette vallée creusée par les siècles. Lors de cette étape, j’ai eu l’impression que la montagne était presque à moi.
Cinquième jour : retour à la vie
La dernière journée marque le retour sur terre. En longeant la rivière, on traverse hameaux et prairies. Les maisons, les prés, les bêtes et les randonneurs réapparaissent progressivement tandis que l’arrivée se rapproche.
Il est temps de revenir à la civilisation, après une échappée de cinq jours au cœur d’un des plus beaux territoires de notre pays.
Alors, où sommes-nous ?
Ce coin préservé, cette boucle de cinq jours, c’est le tour du Pic de Valsenestre, dans le Valjouffrey, au sud du Parc national des Écrins.
Un itinéraire discret, sublime, à cheval entre ambiance agropastorale et paysages de haute montagne.
Le parcours fait environ 45 km pour 2 576 m de D+, répartis sur cinq jours (quatre pour les plus endurants). Il passe par cinq hameaux habités par une centaine d’habitants seulement à l’année, longe torrents et alpages et offre des vues inoubliables sur l’Olan.
Le tracé marque également par la variété de ses paysages : forêts denses, pâturages fleuris, pierriers moussus, névés tardifs, crêtes, torrents, impossible de se lasser !
Et l’ascension du Pic ?
Le Pic de Valsenestre lui-même peut se gravir. Attention cependant : c’est une autre histoire. 14 km aller-retour, +1450 m de D+, terrain instable, arêtes aériennes, etc.
L’échappée tient plus de l’alpinisme que de la rando. Casque et corde sont d’ailleurs recommandés. Ne vous lancez pas à la légère.
Si vous n’êtes pas un habitué de ce genre de pratique, mieux vaut admirer ce sommet sous tous les angles depuis la boucle qui en fait le tour.
Prolongez l’expérience
Dans le secteur, deux autres randonnées valent le détour :
- Tour du lac du Lauvitel : boucle de 2 à 3 jours avec bivouac ou refuge, paysages glaciaires et passages à 2700 m. Départ possible depuis Valsenestre.
- Les orgues de Valsenestre : pour les amateurs de formations géologiques spectaculaires, 12,8 km aller-retour, assez engagé.
Infos pratiques
- Niveau : moyen (terrains variés, passages parfois raides)
- Distance : 45 km
- Dénivelé : + 2576 m
- Période idéale : fin juin à mi-septembre
- Hébergement : refuge à réserver à l’avance / bivouac réglementé
- Accès : en voiture (D117) ou en bus
