« Les mollets en feu » après son Everesting : à 20 ans, il monte 89 fois la même côte en 13 h

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Source : instagram https://www.instagram.com/antoine.trail/

Samedi 11 avril, 3h35 du matin. Antoine Jeanney allume sa lampe frontale au pied d’une côte de Besançon. Douze heures et 48 kilomètres plus tard, ce Jurassien de 20 ans a cumulé 8 848 mètres de dénivelé positif. Sur la même côte. Soit l’altitude exacte de l’Everest. Le concept s’appelle l’Everesting, et il gagne du terrain dans le trail et la rando.

89 allers-retours entre la nuit et le crépuscule

L’étudiant en biologie a choisi une côte qu’il connaissait par coeur, au Fort de Planoise, rue du Château d’eau à Avanne. Départ de nuit à 3h35, lampe frontale vissée sur le front. Les trois ou quatre premières heures passent vite. À 7h du matin, il affiche déjà 3 000 mètres de D+ au compteur sans avoir vraiment forcé.

Puis le corps commence à parler. « Les mollets en feu », confie-t-il à France 3 Franche-Comté. Passé les 6 000 mètres, c’est la tête qui prend le relais pour faire avancer les jambes. Ses proches débarquent dès 9h pour l’accompagner sur quelques montées. À la fin, ils sont une quinzaine à l’attendre en bas de la bosse. À 16h23, Antoine s’effondre sur le sol. 48 km parcourus, 8 848 m avalés, 89 allers-retours sur la même pente.

Pour se rendre compte :

8 848 m de D+ cumulés, c’est dix-neuf fois la tour Eiffel empilées les unes sur les autres. Ou l’équivalent de l’UTMB, qui en totalise autour de 10 000. Mais à faire sur une seule et même pente, sans changer de décor.

L’Everesting, c’est quoi au juste ?

Le principe tient en une phrase : choisir une colline, n’importe laquelle, et enchaîner les allers-retours sans dormir jusqu’à cumuler 8 848 mètres de dénivelé positif. C’est exactement la hauteur de l’Everest, plus haut sommet de la planète.

Le concept vient du milieu du cyclisme australien au début des années 2010, avant de contaminer le trail, la course à pied, le ski de randonnée et même la montée d’escaliers. Les règles officielles, fixées par everesting.cc, sont strictes : une seule colline, aucune interruption de sommeil, aucun raccourci. Pour la version course à pied, deux variantes sont tolérées, selon que la descente se fait sur les jambes ou en navette voiture pour épargner les quadriceps.

Trois niveaux pour tester sans se détruire

Passer du canapé à l’Everest complet, personne ne le conseille. Heureusement, le site officiel propose trois paliers qui laissent de la marge avant l’exploit ultime.

Le Quarter Everesting, c’est 2 212 m de D+. Un défi déjà costaud mais à la portée d’un randonneur régulier, habitué aux sorties à la journée avec un bon dénivelé. Sur une côte de 100 m de D+, ça fait 22 allers-retours. Sur un mont jurassien de 300 m, seulement 7. Le Half Everesting monte la barre à 4 424 m de D+. Là, on entre dans le territoire des traileurs sérieux et des cyclistes solides. Enfin, le Full Everesting réclame au moins 8 848 m de D+ : le niveau d’Antoine Jeanney, à réserver aux athlètes confirmés qui savent ce qu’ils font.

Une quatrième version existe pour les plus cinglés, l’Everesting Roam : 10 000 m de D+ et 400 km minimum, à boucler en 36 heures. Mais on s’éloigne clairement du public du dimanche.

Un défi qui parle aux randonneurs

Au-delà de la prouesse, l’Everesting a une vraie pédagogie pour quiconque aime les sentiers. Il force à penser le dénivelé comme une quantité cumulée, pas juste comme le chiffre d’une sortie isolée. Un week-end à 3 000 m de D+ réparti sur deux jours, ce n’est plus si loin d’un Quarter. Et comprendre ce qu’on est capable d’encaisser dans les jambes sur une seule pente aide à mieux lire ses futurs itinéraires, surtout en moyenne montagne où les montées répétées sont le lot commun.

Antoine Jeanney, lui, se tourne déjà vers la suite. Prochain rendez-vous : le trail de Bernex, en Haute-Savoie, en juin. 62 km, plus de 4 000 m de D+. Et à plus long terme, il envisage un Everesting sur 24 heures, comme son idole Benoît Gandolfi. « On verra à l’avenir, on ne sait jamais », sourit-il. De notre côté, on retient surtout ça : la prochaine fois que vous peinez dans une montée, dites-vous qu’il y en a qui en enchaînent 89 d’affilée.

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