Le GR736 n’a ouvert qu’en 2023 et pourtant peu de randonneurs en parlent encore. Ce nouveau sentier longe le Tarn sur 300 km, traverse l’un des grands canyons français et croise une biodiversité remarquable, des villages suspendus dans la roche et des paysages de falaises spectaculaires. Si vous aimez les gorges sauvages, notre article sur les 7 gorges françaises qui restent fraîches même à 35 °C vous donnait déjà un avant-goût, mais les Gorges du Tarn méritent leur propre chapitre.
Un itinéraire de 300 km ouvert en 2023, presque sans foule
Le GR736 relie la source du Tarn, dans le parc national des Cévennes, à la ville d’Albi. Sur ce tracé, trois journées complètes s’enfoncent dans les Gorges du Tarn proprement dites : 53 km de canyon calcaire, des falaises qui montent jusqu’à 500 mètres au-dessus de la rivière, et des chemins dits « balcon » taillés directement dans la paroi. C’est l’itinéraire de longue distance le plus récent de cette région, et il n’a pas encore la fréquentation d’un GR20 ou d’un Tour du Mont-Blanc.
Le départ se fait depuis Le Pont-de-Montvert, bourg historique perché dans les landes de Mont Lozère, là où le Tarn prend sa source. Les deux premières journées traversent un plateau quasi désertique : menhirs, genêts, bruyère et grands vents. Pas une âme ou presque. La descente vers le fond du canyon commence au troisième jour, et c’est là que tout bascule.
Le rythme raisonnable tourne autour de 15 à 25 km par jour selon les étapes, avec un dénivelé variable mais jamais extrême sur les tronçons de gorge. La formule bagages portés (un minivan récupère les sacs chaque matin à 9h) existe via certains opérateurs locaux, ce qui rend le parcours accessible à un large public sans sacrifier le confort.
Ce que la rivière cache sous la surface
Le Tarn est d’une transparence inhabituelle. L’eau est si propre que truites, perches, carpes et grenouilles sont visibles à l’œil nu depuis les terrasses qui surplombent la rivière. C’est dans ce même cadre que les voyageurs les plus chanceux aperçoivent des castors, parfois de la taille d’un petit chien, qui remontent le courant tranquillement en pleine journée.
Au-dessus de la rivière, ce sont les vautours qui donnent l’échelle. Le canyon en abrite plus de 3 000, qui montent sur les thermiques en groupes de neuf ou dix individus. On croise aussi des coucous, des rossignols, des chocards à bec rouge, des hérons et des martins-pêcheurs. Les ornithologues amateurs ont largement de quoi faire sans sortir des sentiers balisés.
La végétation des berges constitue un autre spectacle à part entière. Trente espèces d’orchidées ont été recensées dans la gorge, dont l’ophrys abeille, l’orchis singe, l’orchis militaire, l’orchis papillon, l’orchis pyramidal et l’orchis odorant. Le micro-climat créé par la combinaison rivière-canyon maintient une fraîcheur et une humidité favorables à ces espèces rares.
Des villages troglodytiques et des curiosités architecturales à chaque détour
Ce qui rend la section gorge particulièrement dense, c’est la succession de lieux habités ou abandonnés que l’on ne peut atteindre qu’à pied. Le sentier balcon longe des hameaux semi-troglodytiques, des églises désertes, des châteaux en ruine et des terrasses agricoles effondrées. Castelbouc est l’un des premiers exemples rencontrés en descendant : un hameau partiellement creusé dans la falaise, dont les maisons semblent posées en équilibre sur la roche.
Plus loin, la rivière est si encaissée et les rives si escarpées que certains habitants isolés ont gardé un système de câble et de panier pour hisser leurs provisions depuis l’autre rive, sans pont accessible à proximité. Le village de Saint-Chély-du-Tarn, en Lozère, illustre cet attachement au site : ses bâtiments sont littéralement encastrés dans la paroi rocheuse au bord de l’eau.
Ces curiosités humaines s’ajoutent à la géologie spectaculaire du canyon, dont les formations calcaires changent de forme et de couleur selon l’heure de la journée. Les randonneurs habitués aux grands espaces de plaine ou aux forêts denses trouveront ici quelque chose de franchement différent, presque méditerranéen dans l’ambiance.
Le GR736, un sentier fait pour ceux qui cherchent autre chose
Ce n’est pas un itinéraire couru, pas encore. Il n’y a pas de téléphérique au départ, pas de parking géant, pas de fléchage Instagram tous les 500 mètres. Ce que le GR736 propose à la place, c’est une rivière transparente avec des castors dévisageant les randonneurs depuis la rive, un ciel habité en permanence par des vautours, et des sentiers qui traversent des lieux que la route n’atteint pas.
Pour ceux qui cherchent à enchaîner des espaces sauvages cet été, la logique est claire : d’abord les plateaux de Mont Lozère sur deux jours, puis la plongée dans le canyon sur trois jours. Cinq étapes, des étapes variables de 15 à 25 km, un seul GR. La nouveauté du tracé est une vraie fenêtre avant que les foules ne le découvrent.
