La Joëlette : un fauteuil tout-terrain qui permet à des résidents d’Ehpad de retrouver les sentiers

Personne âgée accompagnée sur un sentier côtier dans un fauteuil tout-terrain à roue centrale

Illustration éditoriale générée d’une sortie en fauteuil tout-terrain. Elle ne représente pas les résidents ni les bénévoles cités dans l’article.

Dans la Manche, six résidents d’Ehpad ont retrouvé un sentier côtier grâce à une Joëlette et à des bénévoles formés pour l’accompagner. Ce fauteuil tout-terrain à une roue ne gomme pas les difficultés du chemin, mais il permet d’organiser une randonnée collective là où un fauteuil classique ne passerait pas.

Six résidents de Montebourg repartent sur un GR

Le 30 juillet 2026, six résidents de l’Ehpad de Montebourg, tous âgés d’au moins 75 ans et rencontrant des difficultés pour marcher, ont rejoint l’aire du Cracko à Barfleur. Des membres du Comité départemental de randonnée pédestre de la Manche les attendaient pour une sortie accompagnée sur un sentier de grande randonnée.

L’objectif n’était pas de transformer les participants en sportifs de performance. Il s’agissait de leur permettre de retrouver la mer, le plein air et le mouvement d’une randonnée grâce à un équipement adapté et à une équipe de bénévoles.

Cette opération locale montre ce que signifie réellement l’accessibilité sur un chemin. Une rampe ou un revêtement lisse ne suffisent pas toujours. Lorsque le terrain comporte des pierres, de l’herbe ou des passages étroits, il faut un fauteuil conçu pour le tout-terrain et plusieurs personnes capables de le guider.

La Joëlette n’est pas un fauteuil roulant classique

La Joëlette se reconnaît à sa roue centrale placée sous le siège et à ses longs bras de portage à l’avant et à l’arrière. La personne transportée est installée dans un siège avec des systèmes de maintien. Un accompagnateur dirige et tracte depuis l’avant, tandis qu’un autre maintient l’équilibre et contrôle la progression depuis l’arrière.

Cette architecture étroite permet d’emprunter des sentiers où deux grandes roues latérales seraient gênées par les pierres ou la végétation. Elle rend également possible le franchissement de certains obstacles avec une équipe expérimentée.

La roue unique implique cependant un équilibre permanent. À l’arrêt comme en mouvement, le fauteuil dépend des accompagnateurs. La Joëlette n’est donc pas un équipement que l’on confie à deux personnes sans préparation en espérant qu’elles trouveront le bon geste en route.

Un appareil né d’une expérience familiale

Le modèle a été créé en 1987 par Joël Claudel, accompagnateur en montagne, pour un membre de sa famille atteint de myopathie. L’idée répondait à un problème simple et difficile : comment continuer à partager des sorties sur des chemins naturels avec une personne dont la mobilité ne permet plus la marche ?

Depuis, le principe s’est diffusé dans des associations, des clubs de randonnée, des collectivités et des structures spécialisées. Des variantes existent selon le terrain, l’âge de la personne transportée et le niveau d’assistance nécessaire.

Le nom est devenu familier dans le milieu de la randonnée inclusive, mais il ne doit pas faire oublier la diversité des matériels. Avant une sortie, il faut vérifier la charge supportée, les réglages du siège, les repose-pieds, les sangles et la compatibilité avec les besoins précis du passager.

Deux accompagnateurs au minimum, une équipe en pratique

La description la plus simple présente une personne à l’avant et une autre à l’arrière. Sur une vraie randonnée, une équipe plus large est souvent préférable. Elle permet de changer les pilotes, de gérer une pente, d’aider lors d’un passage technique et de conserver une personne disponible en cas d’imprévu.

Dans la Manche, le comité départemental peut compter sur des volontaires, notamment ceux des Marcheurs de la Sinope. Cette disponibilité est essentielle. Même sur un parcours raisonnable, guider un fauteuil tout-terrain demande de l’attention, de la coordination et un effort physique qui varie avec la pente et l’état du sol.

Le président du comité indique que la structure fédère vingt clubs et plus de 1 200 membres dans le département. Ce réseau facilite la recherche de bénévoles, l’identification des parcours et le dialogue avec les établissements intéressés.

Le passager reste un randonneur à part entière

La personne installée dans le fauteuil ne doit jamais être traitée comme un colis à déplacer. Elle participe au choix de la sortie, exprime son confort et peut demander une pause ou un arrêt. Son champ de vision, sa sensibilité au froid et sa capacité à supporter les mouvements du terrain doivent guider l’organisation.

Une personne assise se refroidit généralement plus vite qu’un accompagnateur qui marche et fournit un effort. Une couverture, une veste coupe-vent et une protection contre la pluie peuvent être nécessaires même lorsque les pilotes ont chaud.

La communication doit rester constante. Avant un obstacle, l’équipe annonce ce qu’elle va faire. Après un passage irrégulier, elle vérifie la position, les appuis et les sangles. Cette attention est une marque de respect autant qu’une mesure de sécurité.

Choisir un itinéraire compatible avant de partir

Un sentier connu des marcheurs n’est pas automatiquement adapté à une Joëlette. Il faut examiner sa largeur, les dévers, les marches, les racines, les zones boueuses et les possibilités de demi-tour. Une barrière, une passerelle étroite ou une pente très raide peut interrompre la sortie.

Le repérage préalable est l’étape la plus sûre. Une personne du club parcourt le chemin, identifie les passages sensibles et choisit les endroits où l’équipe pourra se relayer. Elle vérifie aussi les accès pour le véhicule, le stationnement et une solution de retour anticipé.

La météo peut rendre inutilisable un itinéraire jugé convenable quelques jours plus tôt. Après une forte pluie, une pente herbeuse ou un chemin de terre changent complètement. La bonne décision est parfois de raccourcir ou de reporter, sans faire peser sur le passager la déception du groupe.

Formation, réglages et essai à vide

Avant d’accueillir un passager, les accompagnateurs doivent apprendre à équilibrer le fauteuil, à freiner et à communiquer. Un essai à vide permet de comprendre la longueur de l’équipement et son rayon de braquage. Un essai avec une charge adaptée aide ensuite à percevoir les efforts réels.

Les réglages du siège ne s’improvisent pas. Les pieds doivent rester correctement soutenus, les sangles ne doivent ni comprimer ni laisser une liberté dangereuse, et aucun élément ne doit frotter pendant plusieurs heures.

Repère pratique : une sortie en Joëlette se prépare avec une structure formée, un matériel contrôlé, un itinéraire repéré et une équipe assez nombreuse pour se relayer. Le passager doit être associé aux décisions et pouvoir interrompre la randonnée à tout moment.

Ce que cette sortie change pour un Ehpad

Pour un établissement, organiser une randonnée inclusive demande davantage qu’une animation inscrite au calendrier. Il faut coordonner les résidents, les soignants ou accompagnants, le club de randonnée, le transport et la météo. Il faut aussi identifier les personnes pour lesquelles la sortie est adaptée.

Le bénéfice recherché ne doit pas être présenté comme une promesse médicale. Retrouver un paysage, partager un repas dehors ou sentir l’air marin peut procurer du plaisir et rompre avec le quotidien, mais chaque participant possède sa propre situation de santé et ses propres limites.

L’expérience peut toutefois ouvrir un nouveau champ d’activités. Une première sortie courte permet de tester l’organisation. Si elle se déroule bien, d’autres parcours peuvent être envisagés avec la même équipe et des réglages mieux maîtrisés.

Comment trouver une Joëlette ou une structure locale

Le premier réflexe consiste à contacter le comité départemental ou régional de randonnée pédestre. Certains clubs possèdent du matériel, d’autres travaillent avec des associations handisport ou des collectivités. Les maisons départementales des personnes handicapées et les offices de tourisme peuvent également orienter vers des acteurs locaux.

Il faut poser des questions précises : le fauteuil est-il prêté avec des accompagnateurs formés ? Une participation est-elle demandée ? Qui assure le matériel ? Quel type de parcours est proposé ? Combien de personnes doivent composer l’équipe ?

Le fabricant et les associations spécialisées publient aussi des informations sur le fonctionnement et les modèles, mais une fiche technique ne remplace pas l’expérience de terrain. Pour réfléchir plus largement à la reprise d’une activité, cet article raconte comment certains marcheurs ont repris la randonnée malgré l’âge ou les douleurs, avec des adaptations différentes selon chacun.

Une inclusion qui repose d’abord sur le collectif

La roue centrale attire l’attention, mais le matériel n’est qu’une partie de la solution. Sans bénévoles formés, sans repérage et sans écoute du passager, le fauteuil reste au garage. La réussite de la sortie de Barfleur tient donc autant au réseau des clubs qu’à l’objet lui-même.

Cette dimension collective évite également de présenter la personne transportée comme un héros ou comme un bénéficiaire passif. Chacun occupe une place dans l’équipe. Le passager partage le paysage et ses impressions, les pilotes gèrent le mouvement, et les autres accompagnateurs sécurisent la progression.

Dans la Manche, le comité invite les Ehpad intéressés à prendre contact pour envisager de nouvelles sorties. L’initiative est locale, mais son principe peut être reproduit ailleurs : partir d’un besoin réel, mobiliser une structure compétente et choisir un chemin adapté plutôt que forcer le terrain.

Retrouver les sentiers sans nier les contraintes

La Joëlette ne rend pas tous les parcours accessibles et ne supprime ni la fatigue ni le risque. Elle offre une possibilité supplémentaire lorsque les conditions, l’équipe et la santé du passager le permettent.

C’est précisément cette approche réaliste qui rend l’expérience intéressante. Les six résidents de Montebourg n’ont pas eu besoin que l’on transforme leur sortie en exploit. Ils ont retrouvé un chemin, la mer et un groupe de marcheurs grâce à une organisation pensée pour eux.

Pour les clubs comme pour les établissements, le prochain pas consiste moins à acheter rapidement du matériel qu’à construire un partenariat durable. Une équipe formée et disponible vaut davantage qu’un fauteuil inutilisé faute d’accompagnement.

Sources

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