Ce couple de randonneurs pensait être seul à 2 681 m… une webcam a tout diffusé en direct

couple sommet

Screenshot Webcam Faulhorn

Mercredi 8 avril, sur la terrasse déserte d’un hôtel d’altitude fermé pour la saison. Ciel bleu, neige craquante, panorama sur l’Oberland bernois à perte de vue. Un couple de randonneurs s’arrête, profite du soleil, tombe la combinaison. Personne à l’horizon. Sauf une webcam. Qui tourne 24h/24. Et qui diffuse en direct sur Internet.

Une pause coquine sur la terrasse du Faulhorn

La scène se déroule au sommet du Faulhorn, à 2 681 mètres d’altitude, au-dessus de Grindelwald. Le couple grimpe, atteint la terrasse de l’hôtel d’altitude (fermé jusqu’à l’été), et décide de s’offrir un moment à deux. Sauf qu’au-dessus, fixée pile dans l’axe, une webcam de l’entreprise Roundshot enregistre tout. Pendant une dizaine de minutes, la diffusion en direct part sur le site faulhorn.roundshot.com, accessible librement à quiconque veut consulter la météo du jour.

L’alerte vient d’une internaute, citée par 20 Minutes. « Je voulais simplement vérifier la météo et voir comment était la neige », raconte-t-elle. À la place, elle tombe sur deux silhouettes très occupées. L’administrateur du site finit par couper et supprimer la séquence. Trop tard pour une partie des spectateurs improvisés, qui avaient déjà vu passer le moment en direct.

Bon à savoir :

Sur les images, les visages étaient automatiquement floutés. Le système Roundshot pixellise par défaut toute personne apparaissant à l’image. Le couple n’a pas pu être identifié, et a repris son chemin sans rien savoir de sa courte célébrité.

Les webcams sommitales, ces témoins qu’on oublie

L’anecdote prête à sourire, mais elle remet le doigt sur un truc que beaucoup de randonneurs ignorent. La Suisse, et plus largement l’arc alpin, est truffé de webcams panoramiques fixes. Stations de ski, sommets, refuges, cols, terrasses d’hôtels d’altitude : ces caméras tournent en continu, alimentent les sites météo, les offices du tourisme, les bulletins d’enneigement. Roundshot, l’opérateur du Faulhorn, en exploite des centaines à travers le pays.

Et selon un responsable de l’entreprise interrogé par 20 Minutes, ce genre d’épisode reste rare, mais les webcams captent régulièrement des promeneurs qui font un doigt à l’objectif ou montrent leur arrière-train. Les randonneurs croient qu’à 2 500 ou 3 000 mètres, dans une zone vide en avril, ils sont seuls au monde. Sauf que cette pancarte discrète ou ce petit boîtier blanc fixé au mur de l’hôtel, c’est exactement ce qu’ils ne voient pas en arrivant.

Ce que ça change (vraiment) en montagne

Personne ne va monter au Faulhorn en se disant qu’on est filmé. Pourtant, ces webcams sont aussi un outil que beaucoup de randonneurs utilisent à leur avantage. Avant une sortie, jeter un œil sur la webcam d’un sommet voisin permet de voir l’état réel du manteau neigeux, le ciel du matin, la couverture nuageuse à l’altitude visée. Plus fiable qu’un bulletin météo générique sur un secteur ciblé.

Et puis il y a l’autre lecture, moins drôle pour le couple en question : à l’ère où chaque sommet équipé d’un hôtel ou d’une station a sa caméra grand-angle, l’idée d’isolement total en montagne est de plus en plus une illusion. Même un hôtel fermé en pleine intersaison, à plus de 2 600 mètres, par températures négatives, peut diffuser votre image en direct à des milliers d’inconnus. Le Faulhorn n’est pas un cas isolé. Il est juste celui qui a fait parler.

Morale du jour : la prochaine fois que vous arrivez au sommet et que vous vous croyez seuls au monde, levez les yeux. Le petit boîtier blanc, là, sur le mur de l’hôtel, regarde aussi.

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