Le 20 mai 2026, Kamryn Renae, 22 ans, se retrouvait seule dans sa tente à 13 500 pieds (environ 4 115 m) sur Mount Whitney, le plus haut sommet des États-Unis continentaux, à vomir et incapable de redescendre. Elle n’avait gravi qu’un seul sommet dans sa vie, bien plus petit. Son histoire illustre mieux que n’importe quel discours ce que certaines erreurs en montagne peuvent coûter quand l’enthousiasme prend le pas sur la préparation.
Une PCT-hiker virale, mais novice en haute altitude
Kamryn Renae, connue sous le nom de trail « Flamingo » pour son goût prononcé pour le rose, avait entamé le 26 mars une randonnée itinérante sur le Pacific Crest Trail, ce tracé de 2 600 miles (environ 4 200 km) reliant le Mexique au Canada. Elle documentait chaque étape sur les réseaux sociaux, accumulant des dizaines de milliers de nouveaux abonnés en quelques semaines. Son point de départ ? Une expérience aux champignons psychédéliques au Brésil et le film « Wild » (2014) avec Reese Witherspoon, adapté du livre de Cheryl Strayed, comme elle l’avait confié à Outside Magazine.
Le problème n’est pas d’être inspirée par un film ou un livre. C’est de franchir le cap des 4 000 mètres d’altitude sans avoir jamais vraiment pratiqué la haute montagne. Elle l’admettait elle-même : le seul sommet gravi avant Whitney était « bien, bien plus petit ». Le PCT inclut le passage par Mount Whitney, point culminant à 14 505 pieds (4 421 m). Techniquement accessible sans crampons ni matériel d’alpinisme en conditions estivales normales, ce sommet reste une ascension sérieuse, avec des névés tardifs, un dénivelé conséquent et une altitude suffisante pour provoquer un mal des montagnes aigu.
Le 20 mai : une journée qui commence bien, et bascule au-dessus de 13 000 pieds
Ce matin-là, Renae avait soigneusement préparé son départ comme à son habitude : rangement du sac, collecte d’eau en source, coiffure et maquillage filmés. Elle portait une piolet rose, prévoyance bienvenue pour les snowfields raides de la section finale. Dans ses vidéos, elle décrit la montée comme l’une des plus belles choses qu’elle ait vécues. « Oh mon dieu, c’est peut-être le plus beau jour de ma vie », dit-elle en voix-off.
Puis, vers 13 000 pieds (environ 3 960 m), à deux miles du sommet, quelque chose a changé. Les nausées sont arrivées, puis les vomissements. Elle a monté la tente pour se reposer, espérant que ça passerait. Ça n’a pas passé. Elle a déclenché son signal SOS.
Le National Park Service n’a envoyé les secours que le lendemain matin. Elle a donc passé la nuit seule, malade, à 13 500 pieds, avec des températures proches de zéro degré Celsius. Elle n’a rien raconté de cette nuit dans ses vidéos.
Ce que les autres randonneurs ont vu depuis le sommet
Tôt le lendemain matin, plusieurs randonneurs qui montaient admirer le lever de soleil depuis le sommet ont aperçu la tente de Renae sur le passage. Parmi eux, Dan Lougee, 25 ans, trail name « Marmot », originaire du New Hampshire, qui venait de quitter son emploi d’ingénieur en mécanique pour se lancer sur le PCT. Lui avait grandi à rando avec son père, connaissait les rochers, la neige, l’altitude. Il a d’abord cru que la tente était simplement celle d’un bivouaqueur, sans réaliser qu’elle était en difficulté. Les secours ont finalement évacué Renae par hélicoptère ce matin-là.
Renae n’a pas répondu aux sollicitations de SFGATE. Dans sa propre vidéo, elle résume l’épisode d’une formule assez directe : « Just really bad timing, honestly. » Ce que ses abonnés et les professionnels de la sécurité en montagne retiennent, eux, c’est autre chose. Un rappel que l’altitude ne tient pas compte du nombre de followers, ni de l’enthousiasme, ni de la piolet rose. Et que les dizaines de secours par hélicoptère qui ont lieu chaque année dans la Sierra Nevada arrivent le plus souvent à des gens qui n’imaginaient pas que ça pourrait leur arriver.
Ce que ça change, concrètement, pour préparer une grande randonnée
Le PCT est une aventure hors du commun, et des milliers de personnes le parcourent chaque année avec succès, y compris des débutants qui apprennent chemin faisant. Mais le PCT comporte des sections techniques spécifiques, dont le passage par Mount Whitney, qui ne se préparent pas de la même façon que les semaines précédentes sur terrain plat ou en forêt. Avoir une bonne condition physique après deux mois de marche quotidienne ne suffit pas à prévenir le mal des montagnes, qui est une réaction physiologique indépendante de l’entraînement.
Les points à intégrer avant une ascension à plus de 4 000 m : connaître les symptômes du MAM (mal aigu des montagnes) et savoir quand descendre sans attendre, disposer d’un moyen de communication d’urgence (ce que Renae avait, et c’est ce qui lui a sauvé la mise), ne pas surestimer la capacité à « récupérer sur place » en altitude, et idéalement passer une nuit d’acclimatation intermédiaire. L’enthousiasme et la motivation sont de vrais atouts en randonnée longue durée, comme on le voit souvent chez les marcheurs qui se lancent dans des projets ambitieux. Mais ils ne remplacent pas la progressivité. Comme le rappelait cet article sur les idées reçues autour des efforts en montagne, le corps donne des signaux qu’il faut savoir lire, et pas ignorer parce que le sommet est à deux miles.
