215 tentes, des enceintes et des déchets : ce qui se passe désormais en montagne inquiète

bivouac au lac

Un week-end du 15 août 2025, les agents du Parc national des Écrins ont compté 215 tentes serrées autour du lac de la Muzelle, en Isère. Vaisselle dans les torrents, soirées avec enceintes Bluetooth, déchets abandonnés : le bivouac en montagne a changé de visage. Et les autorités cherchent maintenant comment gérer la situation, sans pour autant tout interdire. Comme on le rappelait dans notre article sur les déchets en randonnée, les impacts sur l’environnement de montagne sont souvent sous-estimés par les pratiquants eux-mêmes.

215 tentes autour d’un lac : quand le bivouac devient un camping sauvage

Le Parc national des Écrins, à cheval entre l’Isère et les Hautes-Alpes, tire la sonnette d’alarme. Ce chiffre de 215 tentes relevé lors du week-end du 15 août 2025 au lac de la Muzelle n’est pas une anomalie isolée : il illustre une tendance de fond. Le bivouac, longtemps pratique discrète de randonneurs aguerris, est devenu un phénomène de masse, largement amplifié par les réseaux sociaux. Un spot partagé sur Instagram ou TikTok peut drainer des centaines de personnes en quelques semaines sur un site qui n’a jamais été conçu pour les accueillir.

Les agents de terrain décrivent des scènes qui n’ont plus grand-chose à voir avec la culture du bivouac traditionnel : packs de bières descendus à dos jusqu’à 2 000 ou 2 500 m d’altitude, enceintes Bluetooth qui résonnent dans des cirques naturels, vaisselle rincée directement dans les torrents, et déchets laissés sur place au matin. « On y vient avec des packs de bière et des enceintes pour faire la fête », résume un agent du parc cité par Le Figaro. Le profil du pratiquant a changé, et les pratiques avec lui.

Ce que dit la réglementation, et pourquoi c’est compliqué

En France, le bivouac est globalement toléré en altitude, mais la réglementation varie fortement d’un espace protégé à l’autre. Dans les parcs nationaux, les règles sont plus strictes que sur le reste du territoire : le bivouac peut y être encadré, limité à une nuit, ou interdit dans certaines zones de cœur de parc. Le Parc national des Écrins et les Pyrénées-Atlantiques sont cités parmi les territoires qui cherchent activement des solutions pour réguler sans interdire en bloc.

Le défi pour les gestionnaires est réel : fermer tous les accès serait à la fois juridiquement difficile et contre-productif. L’enjeu est plutôt de canaliser les flux, d’informer les randonneurs en amont, et de concentrer la présence humaine sur des zones qui peuvent l’absorber. Certains secteurs expérimentent des systèmes de réservation pour le bivouac, sur le modèle de ce qui existe déjà pour certains refuges ou sentiers à fort trafic.

À retenir pour votre prochain bivouac : renseignez-vous sur la réglementation spécifique du secteur avant de partir. Dans un parc national, le bivouac est souvent autorisé uniquement entre 19h et 9h du matin, à plus d’une heure de marche des routes et des parkings. Les zones humides, les bords de lacs et les pelouses d’altitude sont les milieux les plus fragiles.

Le randonneur bivouaqueur, entre liberté et responsabilité

Il serait réducteur de mettre tous les pratiquants dans le même panier. La grande majorité des gens qui sortent leur tente en montagne le font avec respect : emplacement choisi avec soin, laisser-no-trace appliqué, groupe de taille raisonnable. C’est la concentration sur quelques spots hyper-médiatisés qui crée le problème, pas le bivouac en lui-même.

Pour les randonneurs confirmés, la réponse passe par un simple réflexe : éviter les lacs « instagrammables » un week-end de pont ou en août, partir en semaine, choisir des itinéraires moins balisés sur les réseaux. Les spots qui font le buzz sur les applications sont précisément ceux qui n’ont plus besoin de votre visite en haute saison. Si vous cherchez des itinéraires avec moins de monde, notre sélection de destinations pour randonner seul en Europe offre quelques pistes utiles pour sortir des sentiers battus.

La question qui se pose maintenant aux parcs et aux mairies est celle du long terme : information, sensibilisation, régulation par la réservation, ou interventions des gardes sur le terrain ? Les réponses seront probablement différentes d’un massif à l’autre, et les randonneurs qui bivouaquent régulièrement ont tout intérêt à suivre l’évolution de la réglementation dans leurs zones de prédilection.

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